mardi 10 février 2009

Procès MTN: Mme Gomé Hilaire fait de graves révélations

Le parquet requiert 12 mois de prison ferme
mercredi 11 février 2009
par G. DE GNAMIEN

L'Inter D'Abidjan

Mesdames Emilienne Gomé Hilaire née Bléhon et Metté Elise, respectivement secrétaire particulière du Chef de l’Etat ivoirien et collaboratrice extérieure de la Présidence, étaient hier devant le tribunal correctionnel d’Abidjan-Plateau (tribunal présidé par le juge Yapi Tobo) pour répondre des faits d’escroquerie portant sur la somme de 65 millions de fcfa au préjudice de MTN. Faits punis par les articles 403 et 420 du code pénal. Au terme des débats qui ont duré 4 heures le parquet a requis la condamnation ferme d’Emilienne Gomé. Invitée par le président du tribunal à donner les raisons de sa comparution à la barre, madame Metté Elise ne s’est pas encombrée de fioritures pour dire sa part de vérité. ‘’Madame, expliquez-nous ce qui vous fait comparaître ce soir à notre barre’’, charge d’entrée le président en adoptant un ton courtois mais ferme. ‘’Etant collaboratrice extérieure à la Présidence, j’ai deux interlocuteurs là-bas : Madame Gomé et le chef de cabinet Kuyo Téa. Quand le DG de MTN, qui est d’origine Rwandaise comme moi, a sollicité une audience en vue de présenter un trophée au Président, madame Gomé m’a dit qu’il ne vienne pas les mains vides’’, a introduit la prévenue, avant de s’enfoncer dans plus de détails. A l’en croire, la secrétaire particulière du Président Gbagbo s’est saisie de la survenue de l’intoxication alimentaire des populations d’Ahounienfoutou (département de Bongouanou) en novembre 2008, et ayant fait 17 morts pour exiger que le DG de MTN, Aimable MPoré fasse don d’une ambulance et participe à la construction d’un centre de santé qui font partie des promesses du Chef de l’Etat. C’est de cette façon, a-t-elle poursuivi, que la somme de 65 millions a été émise par chèque. ‘’Le DG a dit qu’il ne peut pas donner l’argent de l’ambulance comme cela ; donc, de lui faire parvenir un courrier officiel’’, a-t-elle rappelé, précisant que les fonds ont été virés à l’ordre de la structure EMICA, entreprise de madame Gomé. Mais comme l’audience promise par la secrétaire particulière faisait l’objet de plusieurs reports, a relaté madame Metté, le DG l’a instruite de vérifier, par d’autres contacts, la réception des fonds par le Président de la République. ‘’J’ai informé M. Kuyo de la volonté du DG de rencontrer le Président ; mais madame Gomé n’a pas apprécié la démarche’’, a-t-elle indiqué dans un profond soupir. Ces affirmations, dame Emilienne les a rejetées en bloc.
Propos ambigus de Gomé Emilienne
Elle a soutenu qu’il n’a jamais été question pour le DG de MTN de présenter un quelconque trophée au Président, mais faire un don qu’il a voulu garder secret, avant la date d’audience. ‘’Quel était l’objet de l’audience ?’’, Sur la question, la secrétaire particulière est restée évasive. ‘’Il n’y a pas d’objet’’, a-t-elle coupé court. ‘’Vous êtes secrétaire particulière d’un Chef de l’Etat, et vous êtes dans le secret des dieux. Qu’est-ce que vous avez dit au Président ?’’ ,s’enquiert le juge. Dame Gomé éponge son visage, balbutie avant de lâcher. ‘’Rien, parce que le DG voulait faire une surprise. J’ai utilisé une société écran pour faire passer le chèque’’. Ce dernier aveu a indisposé un avocat de la défense qui s’est autorisé à souffler quelques mots à la prévenue. Mais cette attitude a été d’ailleurs désapprouvée par le juge Yapi qui a lancé de sévères mises en garde. Quand le procureur est revenu à la charge, c’est pour s’appesantir sur les 65 millions de francs Cfa encaissés par dame Emilienne Gomé Hilaire. A la question de savoir si cette dernière est habilitée à faire des appels de fonds au nom du Président de la République en sa qualité de secrétaire, la secrétaire particulière de Gbagbo a répondu par la négation. ‘’A qui appartient la structure EMICA’’, lance le représentant du parquet en fixant droit la prévenue. ‘’A moi’’ ; répond-elle. Puis le procureur interroge à nouveau : ‘’Cette structure a-t-elle déjà fait des travaux à Abidjan ?’’ Madame Gomé coupe d’un ton sec. ‘’Non’’. Pour maître Kouassi Alla, avocat de la partie civile, le Président qui a été informé que de l’argent a été perçu sur son dos a demandé que toute la lumière soit faite.
La plaidoirie de la partie civile
S’appuyant sur les articles 2 et 3 du code de procédure civile, maître Kouassi a indiqué que le Président Gbagbo se constituait partie civile. ‘’Le Président a été cité abusivement dans l’entreprise de madame Gomé et Metté. Or, l’article 35 de la Constitution l’oblige à être de bonne moralité. Madame Gomé a abusé de la confiance du Président pour s’adonner au racket. Elle fait croire que le Président de la République marchande ses audiences. Cela nuit à sa réputation. La probité est en train de disparaître. C’est une légèreté que le DG de MTN a retiré des fonds à partir d’un courrier de secrétaire. Le Président demande la condamnation des prévenues et, pour le préjudice moral, le franc symbolique’’, a-t-il plaidé. Le substitut du procureur Oulaye Fernand a enfoncé le clou. Dans sa réquisition, il a présenté madame Gomé comme étant la courroie de transmission de toute cette affaire. En témoigne, selon lui, la lettre de remerciement qu’elle a adressée au DG de MTN, lettre qui a été lue dans la salle. C’est pourquoi le représentant du ministère public a requis contre elle une condamnation ferme de 12 mois de prison et une amende de 300 mille francs. Quant à dame Metté, il a requis l’absolution. Mais les avocats de la défense ont fait une autre lecture. Soutenant que leur cliente ne peut tomber sous le coup de l’article 403 du code pénal, ils ont exigé sa relaxe pure et simple. Le verdict a été mis en délibéré ce jour, à 14 heures.