jeudi 7 juin 2012

Le LIberia Nie Toue implication dans les attaques en CI

MONROVIA - Le gouvernement libérien a affirmé jeudi qu`il n`était pas impliqué dans les attaques de forces fidèles à l`ex-président ivoirien Laurent Gbagbo dans l`ouest de la Côte d`Ivoire qui, selon l`ONG Human Rights Watch (HRW), sont menées depuis près d`un an à partir du Liberia voisin.
"Le gouvernement libérien est choqué par un rapport de Human Rights Watch"
publié mercredi, affirme le ministre de l`Information, Lewis Brown, dans un
communiqué.
Ce rapport de l`ONG de défense des droits de l`homme accuse Monrovia de ne pas faire assez d`efforts "pour contenir des attaques transfrontalières contre la Côte d`Ivoire depuis le Liberia et pour arrêter le recrutement" d`enfants soldats utilisés pour ces attaques.
"Le gouvernement dément fermement ces allégations. (...) Le Liberia n`a aucun intérêt à menacer ses voisins ou à encourager des attaques contre d`autres pays", a assuré M. Brown.
Dans son rapport, HRW soutient que "des militants armés hostiles au gouvernement ivoirien ont recruté des enfants libériens et ont mené des raids transfrontaliers meurtriers dans des villages ivoiriens", dans lesquels "au moins 40" personnes ont été tuées depuis juillet 2011.
Selon l`ONG, les assaillants "sont pour l`essentiel des Libériens et des Ivoiriens qui ont combattu avec les forces de l`ancien président Laurent Gbagbo" pendant la crise postélectorale ivoirienne (décembre 2010-avril 2011), ayant fait quelque 3.000 morts.
"Les autorités libériennes n`ont toujours pas pris de mesures pour enquêter et traduire en justice les dizaines de ressortissants libériens et ivoiriens qui sont entrés au Liberia après avoir commis des crimes de guerre" pendant la crise ivoirienne, "et dont certains ont été impliqués dans de récentes attaques", accuse-t-elle.
Le ministre Lewis Brown affirme que le Liberia interdit et continue d`interdire l`utilisation de son sol pour déstabiliser des pays voisins, en tirant les leçons d`une série de guerres civiles ayant fait quelque 250.000 morts entre 1989 et 2003.
"Notre expérience a montré que les intérêts à court et long termes, de notre région et de nos pays sont mieux préservés quand on investit dans la paix et la sécurité chez nous et dans la sous-région. (...) Le Liberia et la Côte d`Ivoire ont été engagés au plus haut niveau" dans des initiatives devant déboucher prochainement sur une opération conjointe de sécurisation transfrontalière, impliquant les missions de l`ONU dans les deux pays, a
rappelé M. Brown.


mercredi 6 juin 2012


LE DÉVELOPPEMENT DE LA MAL GOUVERNANCE SOUS LE PRÉSIDENT OUATTARA

Texte proposé par Dr PRAO Yao Séraphin, délégué national au système monétaire et financier à LIDER



Comme l’écrit Jean Stengers : «  saisir la nature de l’action d’un homme du passé, comprendre les réactions qu’elle a suscitées, exige qu’on la replace dans la morale du temps. Cette exigence est surtout indispensable lorsqu’on se trouve dans un domaine où les règles et les conceptions, depuis, ont évolué, et sont aujourd’hui sensiblement différentes de ce qu’elles étaient jadis ».
Mais ici, l’homme au centre de notre réflexion est le Président actuel de la Côte d’Ivoire et le sujet débattu est la bonne gouvernance.
Sur ce terrain, quelques précisions préalables sont nécessaires. En parlant de gouvernance, terme dont nous n’ignorons pas qu’il a depuis quelques temps mauvaise presse dans certains milieux mais que nous jugeons incontournable au regard des exigences de l’Etat de droit.
La bonne gouvernance se définit comme la manière dont les autorités en exercice gèrent les ressources économiques et sociales d'un pays, d’une communauté ou d’une institution en faveur de son développement, à travers un ensemble de principes :
  • le respect du droit et des droits humains,
  • la transparence et l’efficacité de la gestion des affaires,
  • la lutte contre la corruption,
  • la promotion de la démocratie et le développement participatif et durable.
La notion de bonne gouvernance ouvre aussi les débats sur la définition de la démocratie et sur ses variantes d’origine culturelle. Par ailleurs, sa conception peut varier selon la fonction qu’on lui attribue : elle peut être considérée comme un préalable à un développement juste et harmonieux ou bien une conséquence des politiques et actions de développement.

« La bonne gouvernance est le but prioritaire, supérieur à toutes mesures individuelles, d’une politique de développement motivée par l’éthique »[i]
Avant d’aller plus loin, une autre précision s’impose : il s’agit de clarifier la notion d’ « Etat de droit ».  Cette expression a tant fait fortune dans la littérature politologique.  A la suite de Léon Duguit, dans la première moitié du 20e siècle, l’Etat de droit revêt une double connotation précise.
Premièrement, elle exprime les relations sociales fondées et régulées par le droit. Autrement dit, elle renvoie évidemment à l’égalitarisme.
Deuxièmement, elle tend à mettre fin à l’arbitraire , c’est-à-dire aux actes posés par les gouvernants qui méconnaissent les exigences du droit.
Ainsi donc, le droit massivement présent dans la société en devient évidemment le lieu géométrique de tous les rapports.

Avec toutes ces précisions, il est évidemment nécessaire de se livrer à une critique attentive des déviances du pouvoir actuel en Côte d’Ivoire.  Il s’agit pour nous de donner la parole aux actions posées et elles nous livreront les secrets jamais cachés d’une gouvernance en souffrance.
Il s’agit dans notre démarche de faire défiler le film de la gouvernance du Président OUATTARA aux fins que chaque image porte témoignage sur sa gouvernance. 
Notre réflexion s’articule autour de quatre axes :  la moralisation de la vie politique, la démocratie, les droits humains et la sécurité.

1.     La moralisation de la vie politique en berne

Alors candidat, le Docteur Alassane OUATTARA a enfourché la moralisation de la vie politique comme son cheval de bataille. Une fois au pouvoir, le Président Alassane OUATTARA a oublié ses beaux discours au profit du clientélisme, du népotisme, du clanisme et du tribalisme. Examinons ensemble certains points.
Concernant la gestion des biens publics, l’échec est cuisant. C’est la pagaille dans la gestion des véhicules administratifs.  Les voitures de l’Etat circulent, de plus en plus, les week-ends et les jours fériés. Cela devient presqu’une pratique courante, comme si la législation en la matière n’existait pas. Pour les véhicules de service, la loi stipule, en son article 8 alinéa 3 que : « ils sont réservés aux déplacements d’intérêt général et strictement administratif. Ils ne peuvent être attribués à l’usage exclusif et permanent d’agents déterminés ». En son article 9, la même loi précise que « en dehors des jours et heures de services, un véhicule ne peut circuler que s’il est muni d’une autorisation spéciale de circuler ou d’un ordre de mission ». Pourquoi donc certains agents de l’Etat utilisent leurs véhicules au-delà de 16 h 30 minutes ?  La réponse est simple : sous le Président OUATTARA, on confond biens publics et biens privés. Et pourtant,  une meilleure gestion du parc automobile de l’Etat participe à la réduction du train de vie bénéfique aux caisses de l’Etat. Le Président OUATTARA a oublié cette promesse :  « … nous engagerons très rapidement un examen général de la situation des finances publiques. Dans un délai maximal d`un an, nous restructurerons la dette intérieure de l’Etat, de manière à ce qu`elle ne pèse plus en aucune façon sur les opérateurs économiques, dont la vocation n’est bien évidemment pas de prêter de l`argent à l’Etat. Avec la confiance restaurée des opérateurs économiques, la croissance reprendra… ».
Au sujet des scandales de ses ministres, les exemples sont légions. Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique , citant un rapport d`enquête de la police économique et financière ivoirienne, Adama Bictogo fait partie des trois personnalités ivoiriennes soupçonnées d’avoir détourné une partie des indemnités qui auraient dû être payées aux victimes de la pollution causée par le déversement de déchets toxiques à Abidjan, en août 2006. Il aurait détourner la somme 4,65 milliards de franc CFA sur le montant devant revenir aux victimes des déchets toxiques.
Sous les coups de boutoir que lui assène l’opinion publique, le Président OUATTARA est obligé de limoger son ministre de l’intégration africaine. Il est vrai que Adama BICTOGO a été limogé le 22 mai 2012 mais c’est un épiphénomène car il n’est pas la seule personne à ne pas avoir sa place dans un gouvernement démocratique.  Ce limogeage ne sanctifiera pas le Président OUATTARA. Il y a peu, c’était l’affaire SATAREN-GREENSOL, concernant le ramassage des ordures ménagères où Anne OULOTO était citée. Si elle était innocente dans cette affaire, pourquoi la direction des marchés publics a-t-elle remis en cause le marché attribué à l’entreprise au centre du scandale ?
Il y a eu également, l’affaire CELPAID où KANDIA Camara a octroyé de gré à gré le marché des inscription en ligne à CELPAID, une entreprise de Mamadou SANOGO, ministre de la construction.
Quant aux évasions dans les prisons, les ivoiriens n’ont pas compris pourquoi ce sont deux régisseurs qui ont subi la petite foudre du Président de la république laissant les hauts responsable en liberté.
Lorsque le Président OUATTARA rappelle à ses ministres qu’ils ont signé un code d’éthique, ces derniers lui reproche son train de vie luxurieux. En effet, les cris stridents de souffrance poussés par les populations du fait de la cherté de la vie sont inaudibles pour le régime Ouattara qui est devenu autiste. Il préfère s’acheter des avions dès lors qu’on lui présente un catalogue.
Que dire du budget de la Présidence qui s’élève à 104 milliards de franc CFA ? Pendant que les ivoiriens souffrent, le clan à la Présidence nage dans une rivière de milliards. Birahima Ouattara, le frère du Président est à la manette et veille également sur les comptes du
RDR, le parti d'Alassane OUATTARA. D'ailleurs le député de Kong est aussi ministre des questions présidentielles.  Dans le partage du gâteau, Dominique Nouvian Ouattara n’a pas été oubliée car elle
est nommée présidente du conseil de surveillance du comité national de lutte contre la traite, l`exploitation et le travail des enfants.
2.     La démocratie est tombée en désuétude

Le terme de démocratie fait référence a un type de société particulier, de même qu’à une forme de gouvernement particulier. Une société démocratique offre la méthode de gouvernance la plus juste pour la plupart des citoyens et la plus égalitaire, la majorité des citoyens y jouant un rôle actif plutôt que passif.
La démocratie libérale se caractérise par la primauté du droit, la séparation des pouvoirs, la protection des droits de l’homme et la protection des minorités. En vertu de la primauté du droit, gouvernement et judiciaire ne fonctionnent que sur la base de règles écrites. Ce principe est étroitement lié à celui de la séparation des pouvoirs, selon lequel le législatif (le parlement), l’exécutif (le gouvernement) et le judiciaire (les tribunaux) opèrent indépendamment les uns des autres.
Disons simplement et  fondamentalement que la démocratie c’est le règne du droit.
Mais depuis la prise de pouvoir par le Président OUATTARA, on assiste à une  déferlante anticonstitutionnelle. Il fait élire, par le biais d’un bidouillage juridique, son ancien premier Ministre, Guillaume SORO, au perchoir de l’Assemblée nationale alors que celui-ci n’avait pas l’âge requis selon les dispositions constitutionnelles.

C’est par ordonnance que le Président a créé les FRCI, alors que selon la loi constitutionnelle, la prise des ordonnances est soumise à l’autorisation de l’Assemblée Nationale.

Que dire de l’opposition qui est marginalisée. L’opposition a été écartée de toutes les décisions engageant la nation. Elle a été réprimée dans l’indifférence totale de la communauté internationale qui, pourtant, promettait accompagner la démocratie en Côte d’Ivoire. Or, l’opposition constitue un contre-pouvoir  puisqu’elle permet d’éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés. L’opposition  participe à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants. Or, il n’y a de choix véritable que si l’électeur peut se prononcer entre plusieurs possibilités. Ainsi, l’opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d’un recours.
Vous êtes un opposant au régime OUATTARA, si vous n’allez pas dans son sens, vous êtes mort car  selon le secrétaire général par intérim du RDR « tous ceux qui s’en prennent au président Ouattara finissent au cimetière ». La raison est simple : chaque critique contre le Président est l’occasion pour le régime de designer des ennemis de l’intérieur.
A « ADODOUGOU », la démocratie est simplement tombée en désuétude.



3.     Le non-respect des droits humains

La promotion des droits humains est un objectif de la politique extérieure dans d’autres pays. En collaboration avec d’autres Etats, avec la société civile et des experts, certains pays s’efforcent d’améliorer la situation des droits humains pour le plus grand nombre de personnes dans le monde. La concrétisation des droits humains dans le monde se heurte toujours à de grandes difficultés. Le respect des droits humains dépend de la bonne volonté des différents Etats.  Telle est la situation dans notre pays sous le Président OUATTARA.
Depuis Avril 2011, de nombreuses arrestations de personnalités politiques de l’opposition, de l’armée et de la société civile ont eu cours en dehors de toutes procédures légales. Ces personnes sont déclarées coupables avant même tout jugement.
Si vous faites un tour dans les prisons ivoiriennes (civiles et militaires), vous constaterez une situation qui provoque stupeur et indignation. En effet, les honnêtes ivoiriens sont incarcérés sans jugement.  « L'arrestation de Gbagbo va apporter "la paix" », c’était les mots du tristement célèbre  Claude Guéant, le 11 avril 2011.  Selon lui, l'arrestation du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo va permettre au pays de "connaître la paix et un regain d'essor économique". Peut-on avoir un essor sans un minimum d’Etat de droit, sans une santé pour tous, avec les universités fermées ? Peut-on avoir un essor dans un pays où les vainqueurs jouent aux shérifs en criant chaque jour aux indiens ? Peut-on avoir un essor lorsque dans un pays les vaincus ont la peur au ventre ?
Sous le Président OUATTARA, tout est devenu obligation et contrainte. Comme dans le code de l’indigénat, les ivoiriens ont des devoirs mais pas de droits.

4.     Le développement de l’insécurité et de la cherté de la vie

En Côte d’Ivoire, l’insécurité a atteint son paroxysme même si les autorités tentent de cacher « le soleil avec une main ». Le Président-ministre de la défense et son ministre délégué à la défense ne maîtrisent pas la situation. Le 21 mai 2012, à l’Ouest du pays, dans le village de Dahoua, des individus armés ont dépossédé les villageois de leurs biens. Le 25 avril 2012, dans la région de Taï, à Sakré, huit personnes ont péri dans une attaque des hommes armés. En septembre 2011, dans les villages de Ziriglo et de Nigré, près de 20 personnes ont été tuées lors d’une attaque.
Le Président n’arrive pas à protéger les ivoiriens et leurs biens.  Quel est donc son rôle ? La réponse saute aux yeux : son armée a plusieurs commandements et les soldats sont mal formés.  En plus, le Désarmement-Démobilisation-Réinsertion (DDR) en Côte d’Ivoire, n’est pas une réalité. Les dozos et les FRCI tardent  à quitter  les rues où ils font des exactions en toute impunité. D’ailleurs, ils disent n’avoir aucun traitement financier de la part de leur mentor. Du coup, ils  multiplient  les braquages, et se transforment en coupeurs de route partout dans le pays.
Ne pouvant rien faire au niveau sécuritaire, le Président OUATTARA se contente de temps à autres de bander un peu les muscles lorsque les FRCI tuent des malinkés à Vavoua. Le Président tape sur la table, menace et lance des ultimatums pour qu’ils soient encasernés, rappelant que les FRCI sont une armée républicaine et qu’elle doit assurer la sécurité des populations. Par contre quand ces mêmes FRCI tuent des populations autres que des malinkés a Arrah, le Président exige que les populations respectent les FRCI, l’armée nationale, demandant aux FRCI de faire régner l’ordre face à des populations considérées comme réfractaires à son régime.
Ces FRCI continuent de tuer. Cette force étrange a tué une femme et de surcroît une femme enceinte, le 21 mai 2012 à OUARAGAHIO.  Cette balle perdue d’un dozo qui voulait régler ses compte avec un ex-FRCI, a tué cette pauvre femme qui vaquait à ses occupations quotidiennes.
Finalement, dans la dialectique du maître et de l’esclave, ce sont les FRCI qui sont devenus les vrais maîtres et nous les esclaves, y compris le Président OUATTARA.  Une solution est cependant possible : il suffit de former une armée nationale. Dans l’opinion nationale, les FRCI sont perçus comme les combattants des ex-Forces nouvelles. Les ivoiriens ont peut-être raison car les gendarmes et les policiers sous l’ancien régime sont purement et simplement des commis des FRCI au même titre que les commis de sous-préfecture !  Les premiers n’ont pas d’armes, comment pourront-ils aider les seconds à sécuriser les ivoiriens et leurs biens ? Poser la question aux nouvelles autorités, elles vous diront que le Président OUATTARA ne fait pas confiance aux anciens agents des forces de défense. Ils ne doivent donc pas avoir des armes.
 Pourtant, on a dit aux ivoiriens qu’aux  dernières présidentielles, les militaires ont voté à 60% pour le Président Alassane OUATTARA.
 A côté de l’insécurité, les ivoiriens ne sont pas à l’abri d’une insécurité alimentaire. La cherté de la vie érode leurs pouvoirs d’achat à tel point qu’ils vivent une misère imméritée. La lutte contre la cherté de la vie tant prônée par le gouvernement n’est pas encore visible sur le terrain. Son ministre du commerce, certainement dépassé, s’est emmuré dans ses bureaux, laissant les ivoiriens seuls. Le kg de riz communément appelé «déni-kacha», le sac de riz de 25 kg (papillon) , le kg de viande de bœuf, le carton de poisson, l’huile, le piment, l’électricité, et même les légumes, ne sont plus accessibles à l’ivoirien moyen. Sous le Président Alassane OUATTARA, c’est la désillusion totale.


Conclusion
Au cours de la campagne présidentielle 2010, Alassane Dramane Ouattara a fait, entre autres, la promesse d'une gestion morale inattaquable des affaires de 'Etat. Il a promis améliorer le bien-être des populations ivoiriennes. Le constat est tout autre et il nous demande d’aller à la réconciliation. Sur ce point, il est admis qu’un pays déchiré ne peut aspirer aux délices du développement. Pour autant, c’est en hommes libres que nous entendons entrer librement dans le processus de réconciliation. Or nous ne sommes pas libres. Les latins disaient déjà : Ubi liberta, Ibi patria. « Où est la liberté, là est la patrie ».






[i] In Règle d’or éthique pour la politique de développement / H.B. Peter, M. Kraut.- Berne : DDC, 2000.

Un an après l’accession de Ouattara au pouvoir, le pays reste divisé et n’arrive pas à sortir de la crise sociale et du tribalisme.


Un an après l’accession de Ouattara au pouvoir, le pays reste divisé et n’arrive pas à sortir de la crise sociale et du tribalisme.

Par FANNY PIGEAUD Correspondante à Abidjan
Drôle d’ambiance à Abidjan : un an après la chute de Laurent Gbagbo et l’investiture d’Alassane Ouattara à la présidence, le 21 mai 2011, les Ivoiriens attendent toujours une reprise économique qui ne vient pas. Le Fonds monétaire international (FMI) table pourtant sur un taux de croissance de 8% pour l’année en cours. Et de nombreux potentiels investisseurs étrangers se pressent à Abidjan. Mais, pour l’instant, rien de bien concret à la clé. «L’activité ne décolle pas, l’argent ne circule pas. On n’arrive pas à se faire payer par nos clients, les chantiers sont à l’arrêt, regrette le gérant d’une PME installée dans le quartier des affaires du Plateau. Si ça continue, on va être obligé de mettre des employés au chômage technique.»
Pendant ce temps, les prix augmentent malgré des mesures gouvernementales «contre la vie chère». «C’est normal que les gens se plaignent. Le pays revient de loin», explique Joël N’Guessan, responsable du Rassemblement des républicains (RDR, le parti au pouvoir). «L’essentiel de l’effort a été jusqu’ici porté sur ce qui avait été détruit avant et pendant la crise postélectorale, notamment les routes. Le président doit bientôt lancer de grands chantiers pourvoyeurs d’emplois. A partir de septembre, les Ivoiriens devraient sentir que les choses s’améliorent», promet-il.
Trafic de cacao. D’autres éléments pourraient expliquer la situation, comme la piètre qualité de la gouvernance dans les administrations.«Les modalités de recrutement et de promotion des fonctionnaires n’ont pas changé, souligne Patrick N’Gouan, président de la Convention de la société civile ivoirienne. Ce n’est pas la compétence qui joue, mais toujours le tribalisme et le népotisme.» Cela commence à la présidence : plusieurs membres de la famille de Ouattara sont devenus ses conseillers, un de ses frères est ministre chargé des Affaires présidentielles. Le niveau de la corruption reste en outre élevé, d’importants trafics, notamment de cacao, perdurent.
Le système d’imposition illégal, institué par la rébellion des Forces nouvelles (FN) dans le nord de la Côte-d’Ivoire entre 2002 et 2011,«loin d’avoir disparu, s’est au contraire étendu au sud du pays»,s’alarme un récent rapport de l’ONU. Plusieurs ministres, qui figuraient déjà dans les gouvernements d’union nationale imposés à Laurent Gbagbo par les accords de paix passés avec les FN, ont mauvaise réputation. «On pensait que Ouattara les écarterait après les législatives [de décembre 2011, ndlr], mais ça n’a pas été le cas»,explique un diplomate. Le 22 mai, le Président a tout de même limogé un ministre, après que des médias eurent révélé l’existence d’une enquête policière : Adama Bictogo, également député du RDR, est ainsi soupçonné d’avoir détourné, avec d’autres et avant qu’il ne soit ministre, une partie des indemnités destinées aux victimes de la société Trafigura, qui avait déversé en 2006 des déchets toxiques à Abidjan.
«Climat de terreur». Par ailleurs, même si elle s’est considérablement améliorée en un an, la situation sécuritaire n’est pas non plus encore de nature à rassurer les milieux économiques. Des rumeurs circulent évoquant des tentatives de «déstabilisation» par des officiers en exil dans les pays voisins, où ils sont plusieurs centaines. L’ONU vient d’intensifier ses patrouilles à certaines frontières, comme mesure de «dissuasion».
A l’intérieur du pays comme dans la capitale Abidjan, les braquages sont nombreux. La plupart sont commis par des ex-combattants qui ont aidé Ouattara à s’installer au pouvoir, mais n’ont pas été intégrés au sein des Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (FRCI), la nouvelle armée. Pour ces hommes, «leur arme est un moyen d’assurer leur survie alimentaire», commente N’Guessan, précisant que la question de leur démobilisation préoccupe les autorités. Quant à la police et à la gendarmerie, elles ne peuvent jouer leur rôle : soupçonnées d’être pro-Gbagbo, ces forces ne sont pas armées. Les FRCI elles-mêmes n’ont la confiance de personne, pas même du Président, dont la sécurité est assurée par des militaires burkinabés et par les forces de l’ONU.
D’après une source onusienne, les FRCI, essentiellement commandées par des éléments issus des FN, entretiennent «un climat de terreur» à l’ouest et au sud du pays. Dans ces régions réputées favorables à l’ancien président Laurent Gbagbo, sévissent aussi partout des «milices» de dozos, des chasseurs traditionnels venus du nord du pays et proches du pouvoir. Depuis début mai, les FRCI effectuent «des rafles dans différents quartiers d’Abidjan. Pourquoi, on ne sait pas bien. Les gens sont amenés dans des camps [des FRCI, ndlr]. Ils peuvent y rester plus de soixante-douze heures sans raison»,s’inquiète Kouamé Adjoumani Pierre, vice-président de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme.
Ces opérations sont-elles destinées, comme le pensent des observateurs, à prévenir des manifestations de soutien à Gbagbo à l’approche de son audition, prévue le 18 juin devant la Cour pénale internationale à La Haye, où il est en détention depuis novembre 2011 ? En tout cas, elles ne contribuent pas à la «réconciliation nationale»,prônée par les autorités et nécessaire pour une reprise économique, mais «à laquelle personne ne croit», selon une source diplomatique.
La justice, par exemple, donne toujours l’impression d’être partiale : une cinquantaine de membres du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Gbagbo, et une centaine de militaires arrêtés en même temps que l’ex-président, sont incarcérés, en attente de jugement depuis avril 2011. Mais aucun de ceux qui, dans le camp d’Alassane Ouattara, sont soupçonnés d’avoir commis des crimes contre l’humanité lors de la crise, n’a été inquiété. «Ça va arriver, tempère N’Guessan. Pour mener des enquêtes sérieuses, il faut du temps.»

jeudi 24 mai 2012

CAFE CACAO: RHDP IMPLIQUE

La question du président du tribunal qui tue des ministres de tutelle Pour des raisons qu’on n’ignore plus aussi, les différents ministres de l’Agriculture et de l’Economie et des Finances qui ont assuré la tutelle technique et financière de la filière café-cacao, ne témoigneront pas au cours de ce procès. Tout a été mis en œuvre pour qu’ils ne disent pas aux Ivoiriens leur part de vérité dans ce scandale. Comment est-ce possible ? Mais, à l’audience du lundi 26 mars, le président du tribunal, sans peut-être s’en rendre compte, a posé une question qui a démontré qu’en 2008, à la prise de fonction de l’administrateur provisoire nommé au Fdpcc, il y avait la somme de 18 milliards FCFA sur un compte de cette structure au titre des prélèvements effectués pendant la campagne 2007-2008. Et que cet argent avait disparu sans laisser aucune trace, ni dans les livres comptables du Fdpcc ni dans ceux de l’Etat. La question que le juge a posée au sujet de cet argent est restée sans réponse. Pour la simple raison que le témoin ne pouvait pas répondre à la place de ceux qui avaient le pouvoir de mouvementer le compte sur lequel cet argent était logé. Curieusement, le représentant du parquet n’a pas jugé nécessaire de s’étendre sur le sujet pour éclairer la lanterne du tribunal. Sans doute parce que, contrairement au président du tribunal qui n’a pas forcément une compréhension globale de ce dossier qu’il n’a reçu que depuis quelques semaines, le procureur lui, pour être le seul à présent dans le tribunal de Plateau à avoir suivi de bout en bout toute l’enquête, sait, certainement, de quoi il s’agit. Pourtant, il a gardé le silence. « L’Eléphant » croit savoir, à présent, pourquoi ? Pendant la campagne de 2007-2008, le prélèvement accordé au Fdpcc pour son fonctionnement était d’environ 3,5 FCFA pour environ un million quatre cent mille tonnes de cacao, soit près de 4,5 milliards FCFA. Cet argent était directement géré par les responsables du Fdpcc. S’il a été utilisé à d’autres fins, c’est bien à eux de rendre des comptes. Mais en auditant l’utilisation d’une somme de 4,5 milliards, il est difficile d’arriver à conclure que 18 milliards ont été retirés de ces 4,5 milliards et dilapidés sans justifications. Au titre du Fdpcc-Investissement, le prélèvement pour la même campagne était d’environ 12,68 FCFA pour le même tonnage, soit, environ 18 milliards. Cet argent était séquestré sur un compte logé à la Banque Nationale d’Investissement (BNI) au titre du Fdpcc-Investissement, créé par l’Etat, soi-disant pour permettre aux producteurs d’avoir de la liquidité à tout moment de l’année pour financer leurs investissements. Et les seules personnes qui avaient la signature sur ce compte logé à la BNI n’étaient autres que le ministre de l’Economie et des Finances et celui de l’Agriculture. Où sont donc passés ces 18 milliards, puisqu’en aucune manière les responsables de la filière ne pouvaient mouvementer ce compte ? Et surtout qu’ils étaient en prison, à cette période ? En posant la question à l’audience à un témoin, le juge s’est adressé à la mauvaise personne. Elle n’a pas répondu à cette question parce qu’elle ne pouvait pas le faire. Ceux qui peuvent y répondre ne sont autres que Charles Koffi Diby (le toujours ministre de l’Economie et des Finances) et l’ancien ministre de l’Agriculture, Amadou Gon Coulibaly. Mais comme la justice ne veut pas interroger les ministres en question, « L’Eléphant Déchaîné » se fait un plaisir de faire le travail du parquet à sa place, et gracieusement. Alors messieurs les ministres, où sont passés les 18 milliards FCFA qui se trouvaient sur le compte Fdpcc-Investissement en 2008 ? Peut-être que la justice ivoirienne devrait sérieusement songer à arrêter de se moquer de l’intelligence des Ivoiriens. Si on confie la garde de 1000FCFA au procureur Oulaye et que le jour où on a besoin de cet argent ce dernier n’est pas capable de le représenter, on ne peut vraiment pas laisser le procureur Oulaye à Abidjan pour aller jusqu’à Bouaké interroger le procureur Diakité Mamadou sur le sort de cet argent. C’est à Diby Koffi et à Amadou Gon Coulibaly d’expliquer aux Ivoiriens ce que sont devenus ces 18 milliards… certains ex-dirigeants de la filière café-cacao, pour avoir géré des dizaines de milliards, ont certainement des choses à se reprocher et il appartient à la justice de prouver les infractions qu’ils auraient commises. Mais on ne peut pas tenter de faire croire aux Ivoiriens, que des centaines de milliards ont été détournés à l’insu de l’Etat de Côte d’Ivoire et de ses ministres qui avaient la signature sur plusieurs comptes sur lesquels se trouvait l’argent des pauvres paysans. Lesquels, au final, ont été totalement bernés par celui qui prétendait leur avoir donné « leur chos

mardi 22 mai 2012

Mamadou Koulibaly bouscule tout: « Sous Outtara, la Côte d’Ivoire va très mal »


Mamadou Koulibaly bouscule tout: « Sous Outtara, la Côte d’Ivoire va très mal »

Dans une longue interview accordée au bimensuel panafricain AFRIQUEDUCATION, le professeur Mamadou Koulibaly, président de LIDER, dresse un bilan sans fard d’Alassane Ouattara. L’intégralité de cette interview coup de poing est à lire sur www.lider-ci.org et dans AFRIQUEDUCATION Nr. 348 du 16 au 31 mai 2012, qui revient également sur le séminaire-bilan du parti dans un dossier intitulé : «Ouattara An 1 : Retour en arrière». Bonne lecture et bonne diffusion.
Après un an d’exercice du pouvoir suprême, à la tête de l’Etat, Alassane Ouattara a-t-il réussi son pari de stabiliser la Côte d’Ivoire et de la remettre sur les rails ? Qu’en est-il du chômage, de la sécurité, de la justice, de l’équité, du favoritisme, du sectarisme ? Où en est exactement la réconciliation nationale ? Le savoir-faire du chef de l’Etat en matière de gouvernance et de gestion, est-il contesté alors qu’il devrait avoir le satisfecit de toute l’opposition ? Pour répondre à ces questions, nous avons demandé au président de LIDER, le professeur Mamadou Koulibaly de dire ce qu’il en pense. Président de la précédente Assemblée nationale alors qu’il était vice-président du FPI, le parti de Laurent Gbagbo, l’agrégé des sciences économiques est tout sauf un démagogue. Il a le mérite de sortir des vérités sans se soucier des qu’en dira-t-on. Dans cette interview, le président Alassane Ouattara en prend pour son grade. Pour le chef de LIDER, il n’a strictement rien fait en un an. Démonstration à l’appui. La France ne trouve pas non plus grâce à ses yeux, qu’elle soit sarkozyste ou hollandiste. Koulibaly bouscule tout et nous fait dire à AFRIQUEDUCATION qu’il est un empêcheur de tourner en rond, tel qu’on en voudrait dans chaque pays africain.
AFRIQUEDUCATION: Alassane Ouattara reçoit des félicitations des bailleurs de fonds qui reconnaissent qu’il est en train de remettre le pays sur les rails. Vous rétorquez en parlant de «désillusions». Franchement, quand on voit d’où vient la Côte d’Ivoire, votre jugement n’est-il pas très sévère ?
République. Les bailleurs de fonds utilisent d’habitude et autant que possible un langage diplomatique très policé, la « langue de coton » douce, confortable, souple et hygiénique. Le coton est un accessoire indispensable au maquillage. D’ailleurs, les bailleurs de fonds se sont distingués dans tous les pays par leur modération et leur sens de la mesure. Et il ne faut pas oublier que Ouattara a quand même été un des chefs de leur communauté jusqu’à récemment.
Ensuite, nous parlons de désillusions parce que le candidat Ouattara a promis créer « un million d’emplois en 5 ans, soit 200 000 par an ». Or, que constatons-nous ? Le contraire, c’est-à-dire, de la destruction d’emplois : le chômage est très élevé dans notre pays et ne cesse d’augmenter. Selon les statistiques de l’Agence d’études et de promotion de l’emploi (Agepe), « les jeunes de moins de 35 ans qui constituent plus de 64% de la population, sont frappés par un taux de chômage estimé à environ 25 % ». Si l’on ajoute les chômeurs déguisés, le taux de chômage serait beaucoup plus important. A défaut de créer des emplois, le président Ouattara endette la Côte d’Ivoire. A propos de la dette, le président fait croire que le PPTE résoudra les problèmes des Ivoiriens.
Ce n’est pas vrai. Le président sait bien que le binôme infernal constitué par l’aide publique internationale et le crédit concessionnel constitue pour les Etats créanciers un instrument privilégié et efficace d’exercice et d’entretien de leur domination permanente sur les Etats débiteurs.
En plus, le mécanisme mis en place par l’Etat français appelé « contrat de désendettement et de développement, C2D » est à la fois contraignant et infantilisant pour les pays bénéficiaires, puis que l’utilisation des fonds est tributaire des créanciers. Dans le cas ivoirien, la gestion du processus d’allocation des ressources est faite par un Comité de Pilotage C2D basé à Paris et d’un Comité d’Orientation et de Suivi. En général, les financements seront diligentés par l’Agence française de développement.
Enfin, sous le président Ouattara, la Côte d’Ivoire va très très mal. Chaque année, l’ONG Transparency International, qui est présente dans de nombreux pays, publie son rapport sur la corruption dans le monde. Les notes vont de 10 à 0, et classent les pays les moins corrompus (note proche de 10) aux plus corrompus (proche de 0).
Le Botswana, classé 32e avec une note de 6,1, est le premier pays africain le moins corrompu. La Côte d’Ivoire, avec une note de 2,2 sur 10, est classée 154e. Rappelons que les sources de données utilisées pour calculer l’Ipc (indice de perception de la corruption) sont liées à l’abus de la puissance publique, à la corruption des agents publics, aux commissions occultes distribuées lors de la passation des marchés publics, aux détournements des fonds publics. Transparency International prend aussi en compte les efforts et l’efficacité des moyens mis en place pour lutter contre la corruption dans le secteur public. On ne peut donc pas dire qu’en la matière, nous avons fait de vrais progrès.
En outre, depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, les autorités ivoiriennes n’ont pas démontré leur respect de la liberté de la presse, au contraire. Reporters sans frontières vient d’ailleurs de dégrader la position de la Côte d’Ivoire en la matière, la faisant chuter de 41 places à la 159e place d’un classement qui compte 179 pays. Alors que les Ivoiriens peinent à trouver leur pitance quotidienne, le coût de la vie s’étant élevé, le nouveau gouvernement Ouattara est composé de 40 ministres dont 5 au titre de la présidence de la République. C’est une équipe pléthorique et donc forcément budgétivore qui a été servie au peuple qui, lui, souffre. Sou-venez-vous que pendant la campagne, il prétendait qu’il pouvait gouverner avec seulement 25 ministres. Il y a également le tribalisme d’Etat qui domine l’affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l’éthique. En effet, après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire de Ferké au Nord du pays, a orchestré l’installation d’un autre nordiste de Ferké au perchoir de l’Assemblée nationale. Une Assemblée nationale sans opposition et qui est à sa solde. Ceux qui profitent du gouvernement Ouattara sont des gens d’un clan qui partagent tous des caractéristiques communes : avoir la bonne religion, être originaire de la bonne région, militer au bon parti et appartenir à la bonne famille. De ce point de vue, nos critiques ne sont pas sévères et nous doutons for t que les bailleurs de fonds puissent féliciter sincèrement un tel pouvoir.
Alassane Ouattara est un brillant économiste qui a fait ses preuves. En tant qu’agrégé des sciences économiques et ancien ministre de l’Economie et des Finances, vous ne l’êtes pas moins. Dites-nous concrètement ce que vous trouvez de vraiment critiquable dans son programme économique ?
Nous apprécions le programme présidentiel d’urgence (PPU) qui traite des dossiers importants. Selon les responsables de ce programme, c’est la somme de 45 milliards de francs cfa qui aura été injectée en 2011, et pour l’année 2012, c’est la somme de 60 milliards de francs qui serait débloquée pour le PPU. Faisant l’état des projets 2011, les gestionnaires de ce programme révèlent que 160 PME ivoiriennes ont été sollicitées pour la réalisation des projets, 30 hôpitaux généraux auraient été réhabilités, ainsi que les résidences des préfets et sous-préfets. Le programme participerait aussi à la gratuité des soins dans les hôpitaux et à la réhabilitation des pompes villageoises. Pourtant, la gratuité des soins a été abandonnée il n’y a pas longtemps. Pour l’année 2011, il faut noter que les études et travaux du PPU ne sont pas inspirés par Ouattara. Ces programmes étaient déjà dans le circuit et attendaient des financements que les crises politiques successives depuis vingt ans n’autorisaient pas. Le président Ouattara a eu les moyens de l’aide publique internationale pour accompagner son arrivée au pouvoir et pour financer ces travaux.
Mais au-delà de tout, ce que nous lui reprochons, c’est son incapacité à créer un climat de confiance et de liberté économique (libre-échanges, liberté d’entreprendre, libre choix de consommation, etc.) favorable à la création d’emplois et à la prospérité. En période de crise, les politiques les plus flexibles sont les meilleures. Les Ivoiriens devraient au plus vite pouvoir bénéficier des retombées de la liber té économique. Après plus de 50 années d’échec de dirigisme étatique et de pouvoir centralisé, alors que la dette croît avec la pauvreté, la voie de la liberté s’impose en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire, où les dysfonctionnements gouvernementaux ont conduit à des violences démesurées.
Sous le président Ouattara, la pratique des appels d’offres est abandonnée. Sous son mandat, la presse a révélé plusieurs scandales liés à la passation des marchés publics.
En plus, Ouattara s’octroie un budget de souveraineté de 300 milliards et c’est son frère Birahima Ouattara qui gère cette cagnotte en tant que directeur financier de la présidence de la République, alors qu’il est parallèlement ministre chargé des Affaires présidentielles et qu’il cumule ces hautes fonctions de l’Etat avec celle de trésorier principal du RDR, le parti que préside encore le président de la République.
Allez-vous parler de bonne gouvernance dans ces conditions ?
L’insécurité a atteint un niveau intolérable dans notre pays. L’évènement en date de la première semaine de mai est l’évasion, orchestrée par certains soldats des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), l’armée régulière du pays, de leurs camarades emprisonnés à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) et qui étaient condamnés pour grand banditisme. Il y a plusieurs dizaines d’évadés, selon des sources bien introduites au sein de la garde pénitentiaire. D’autres prisons du pays ont ainsi reçu la visite des militaires venus libérer leurs frères d’armes.
Au niveau du monde rural, les paysans grognent d’autant qu’ils ont du mal à comprendre que pendant la campagne électorale, le candidat Alassane Ouattara leur avait promis l’amélioration de leur niveau de vie, car avec lui au pouvoir, leurs produits seraient vendus à un prix rémunérateur disait-il. Mais dans les faits, c’est la désillusion totale. Ils ont du mal à comprendre que leurs produits soient achetés à des prix dérisoires, en-dessous du prix officiel fixé par l’Etat lui-même. Au lieu d’aider le monde paysan comme il l’avait promis, le président Alassane Ouattara a plutôt augmenté les charges fiscales des paysans avec la création de nouvelles taxes. Les plantations d’hévéa, de palmier à huile, de coco, de café, de cacao, d’anacarde, de banane, d’ananas, de mangue, de canne à sucre, de citron ou de papaye, appartenant à des paysans ou exploitées par une entreprise agro-industrielle, entrent dans le champ d’application de l’impôt foncier. Les secteurs du coton et de l’anacarde ne sont pas organisés pour que les paysans en tirent le meilleur profit. Concernant l’anacarde, il faut noter la fuite de production de 150 000 tonnes vers des pays voisins, le Ghana et le Burkina, provoquant un préjudice d’environ 15 milliards FCFA pour la seule année 2011. Et ces trafics datent de la période où les Forces nouvelles contrôlaient les zones Centre Nord Ouest. Un an après son accession au pouvoir, le président Ouattara n’a pas encore mis fin à ces trafics. A qui profitent-ils donc aujourd’hui ?
Il y a également la présence d’anciens combattants des Forces nouvelles de l’époque qui se sont installés dans la zone forestière du pays et inquiètent les paysans, qui se demandent si l’on veut les vider de leurs terres et les exproprier par la force.
En plus, le président Ouattara a reculé l’âge du départ à la retraite. Désormais, l’âge du départ à la retraite pour les personnels civils de l’Etat passe de 57 à 60 ans, pour la catégorie B à A, précisément, jusqu’au grade A3, et de 60 à 65 ans, du grade A4 à A7. Pour le gouvernement, ces dispositions devraient permettre d’équilibrer les comptes de la Caisse générale des retraités et agents de l’Etat (CGRAE) actuellement « déficitaire d’une cinquantaine de milliards de F CFA par année », en relevant en plus les niveaux de cotisations, ce qui équivaut à une diminution des salaires. C’est du mal qu’on fait aux travailleurs. De plus, ces mesurettes ne peuvent en aucun cas permettre de résorber les déficits de la CGRAE. On pourrait continuer encore et encore et encore sans épuiser la critique tellement la crise est profonde, générale et durable et que Ouattara ne semble pas vouloir l’affronter sérieusement en instaurant d’abord un climat de confiance. Sans confiance, point de réussite économique.
On dirait que vous souhaitez son échec, sinon pourquoi critiquez-vous ses performances et en même temps, vous n’acceptez pas la main qu’il tend à toute l’opposition pour une réconciliation véritable du pays ? Ne le trouvez-vous pas suffisamment sincère ?
LIDER, en tant que parti d’opposition, ne saurait souhaiter l’échec du président Ouattara. Un parti d’opposition ne s’oppose pas à l’avenir de son pays, de ses populations. Il s’oppose au régime et au système qui gère l’Etat et le pouvoir. L’échec du gouvernement Ouattara serait douloureux pour les Ivoiriens, déjà fragilisés par ces longues années de crises sans fin qui vont de vengeance en revanche et de revanche en violences. Le cycle est infernal. C’est plutôt la façon de gouverner de Ouattara qui est un échec. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que sa façon de faire a des conséquences sur les performances de son gouvernement.
En ce qui concerne la main tendue du Président Ouattara, LIDER a toujours demandé au président de la République de discuter avec son opposition. Ce qu’il a toujours refusé préférant régner en hyper-président, sans contrepoids, sans contre-pouvoir.
C’est la gestion de ce pouvoir sans limite et la dégradation des conditions de vie des populations qui sont mises en cause par nos critiques.
Nous concernant, le président Ouattara a refusé de nous écouter. Nous avons dénoncé sa façon clandestine de financer certains partis politiques et de ne pas en financer d’autres. Pourtant, il s’agit de l’argent public qu’il faut utiliser de façon convenable. Pour les élections législatives, il a distribué quatre millions de F CFA à quelques candidats de son camp, et a laissé ceux des autres camps se débrouiller. Ce sont des pratiques qui tordent le cou au jeu démocratique et à la transparence. Mais il s’en est sorti avec un parlement monocolore.
Il a également suspendu le salaire des députés de la législature 2000-2011, prétextant que le mandat de cette législature a pris fin avec la chute de Laurent Gbagbo.
Une telle assertion est dénuée de sens et est en plus anticonstitutionnelle. Lorsque l’hypocrisie s’installe dans les rapports entre l’opposition et le pouvoir, cela crée la méfiance. Et la méfiance est très mauvaise pour les affaires et la stabilité. Ce n’est donc pas moi qui ne le trouve pas sincère, mais plutôt les actes posés par le président de la République lui-même et le non-respect de sa parole donnée qui plaident en faveur de la méfiance qu’il suscite. Il ne fait pas ce qu’il a promis et fait ce qu’il n’a pas promis et ne supporte pas qu’on le lui dise.
Charles Konan Banny qui est un économiste comme vous, est le «Monsieur de la réconciliation» du chef de l’Etat. Est-il à la place qu’il faut ? Est-il bon pour ce job ?
Décidément, cela fait beaucoup d’économistes. Si seulement, la gouvernance de l’Etat pouvait en profiter ! Les Ivoiriens doivent se réconcilier pour que le pays redécolle. Pour amener les Ivoiriens vers la réconciliation, le président de la République a commis Charles Konan Banny, ancien premier ministre, à cette tâche.
Mais il y a également l’actuel premier ministre Jeannot Kouadio-Ahoussou qui se propose de renouer le fil du dialogue entre le gouvernement et les partis politiques de l’opposition.
Monsieur Banny a été nommé pour présider la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR). Cette commission a été officiellement installée le 28 septembre 2011. Cela fait plusieurs mois que Banny est à son poste mais les populations n’ont encore aucune idée précise sur la façon dont il pilote cette commission. Or il y a urgence en la matière.
Le cadre juridique qui encadre cette commission pose problème. Non seulement, l’ordonnance qui crée la CDVR est illégale, mais cette commission n’est pas indépendante du président de la République, qui, tout en étant un acteur clé de la crise ivoirienne, a nommé par décret Banny, lui-même acteur de premier plan de la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis des années. Il y a de sérieux risques que cette commission connaisse des difficultés de fonctionnement comme ce fut le cas du Forum de la réconciliation nationale de 2001. Monsieur Banny a été nommé pour deux ans ; bientôt huit mois seront écoulés et il lui reste à peu près 15 mois pour achever une mission dif ficile dans des conditions institutionnelles pas claires. En tout cas, le cadre juridique dans lequel il travaille est critiquable et les délais semblent courts vu la gravité et la complexité de la crise et de la méthodologie de la CDVR.



Si vous étiez, aujourd’hui, à la place d’Alassane Ouattara, comment mèneriez-vous cette réconciliation pour qu’elle soit un vrai succès comme c’est le cas au Togo voisin ?
La première des choses à faire, aurait été de donner un statut clair à Alassane Ouattara comme opposant. L’opposition doit disposer d’un statut la plaçant dans un cadre normalisé, statufié qui garantit l’effectivité et la jouissance des droits et détermine ses obligations.
Si nous étions à la place d’Alassane Ouattara, les opposants ne seraient pas jetés en prison sans justice ni présomption d’innocence. Nous ne jetterions pas en prison tous ceux qui rentreraient d’exil. Nous aurions tenu un discours rassurant qui aurait fait revenir tous ceux qui vivent dans les camps de réfugiés installés par le HCR dans les pays voisins de la Côte d’Ivoire.
A la place d’Alassane Ouattara, je ne me serais pas empressé d’envoyer mon prédécesseur à la CPI. Et si j’avais été obligé de le faire, j’aurais demandé que ceux qui, dans mon camp, ont été les auteurs de crimes de sang, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre, soient eux aussi transférés devant la CPI, comme je l’avais promis à la communauté internationale à plusieurs reprises. Je n’aurais jamais trahi ma parole donnée sur le sujet.
A la place d’Alassane Ouattara, je n’allais pas nommer Banny comme cela a été fait, mais j’allais plutôt impliquer les députés dans le processus de réconciliation pour qu’ils adoptent une loi organique qui mette en place la CDVR. C’est le débat sur cette loi qui aurait enclenché le processus de réconciliation dans toutes les circonscriptions électorales du pays. Les députés auraient commencé à recoudre le tissu social au niveau local. Cette façon de faire est plus efficace car la crise vient d’abord de querelles entre les élites politiques qui ont, par la suite, instrumentalisé les ethnies, les tribus, les religions et les régions.
A la place d’Alassane Ouattara, je n’allais pas calibrer la durée du mandat de la CDVR sur mon mandat de président de la République. Le processus de réconciliation peut prendre du temps. On allait laisser tout le temps aux populations de se parler, de s’écouter et de se pardonner. J’aurais laissé le temps à la justice de mener des enquêtes indépendantes pour punir sévèrement tous les coupables de crimes sans discrimination.
A la place d’Alassane Ouattara, je n’allais pas suspendre, puis, geler les salaires et autres indemnités des anciens députés car si, sur le plan humanitaire, c’est un drame, sur le plan politique, c’est un mauvais signe qui montre qu’il n’y a pas, dans l’esprit du président, de continuité de l’Etat et sans continuité de l’Etat, comment réconcilier ?
A la place d’Alassane Ouattara, je n’aurais jamais dit ni fait du rattrapage ethnique, car j’aurais accentué ainsi la fracture sociale et politique dans mon pays.
Cependant, à LIDER, nous ne désespérons pas car le dialogue initié par le premier ministre demeure une lucarne pour la réconciliation.
Vous n’étiez plus en très bons termes avec Laurent Gbagbo, bien avant l’élection présidentielle perdue par le FPI. Vous aviez été mis en minorité dans le parti qui a utilisé une stratégie suicidaire. Les organisations des droits de l’homme à plu-sieurs reprises vous avaient mis en garde contre les exactions et les tueries. Franchement, êtes-vous étonné que Laurent Gbagbo ait été transféré à la Cour pénale internationale ? A-t-on entendu un pays africain protester sérieusement contre un tel transfert ?
Nous sommes étonnés qu’il soit le seul à La Haye, si tant est que le principe de la CPI consiste à punir les premiers responsables des ex-camps en belligérance. Lider est surpris de voir que le président Alassane Ouattara, qui a créé les FRCI, ne soit pas lui aussi à La Haye, puisque ces FRCI ont commis des crimes graves au regard du droit international. Selon le rapport pour l’année 2011 d’Amnesty International intitulé «Nous voulons rentrer chez nous mais nous ne pouvons pas», depuis l’arrestation de l’ancien chef de l’Etat le 11 avril 2011, des crimes au regard du droit international, y compris des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, ont été commis par les milices et les mercenaires libériens fidèles à l’ancien régime ainsi que par les FRCI et des Dozos fidèles au nouveau président. Toujours selon ce même rapport, les FRCI ont depuis commis des crimes au regard du droit international à Abidjan, en particulier, dans le quartier de Yopougon. On peut y ajouter aujourd’hui, Duékoué, Vavoua, Arrah, Sikensi, Katiola, Bouaké…
Le chef suprême des FRCI, le président Ouattara, doit lui aussi, en toute logique, aller à la Haye. En ne le faisant pas, la CPI se soumet à la justice des vainqueurs et se discrédite devant la mémoire des quinze ou vingt mille morts de la crise post-électorale.
Comment comprendre également que M. Ouattara dise hier que la justice ivoirienne est incapable de juger l’ancien président et qu’aujourd’hui, cette même justice soit subitement à même de juger certains autres coupables ? Il s’agit d’un changement radical de doctrine de la part de l’équipe au pouvoir, le chef de l’Etat ayant plusieurs fois fait savoir son intention de collaborer sans restriction avec la CPI.
Nous voyons là une volonté d’éviter à certaines personnes de courir le risque de comparaître un jour devant la justice internationale. Si les choses se passent de cette façon, on dira alors que la CPI est partiale dans ses décisions.
Si donc, les autres ne rejoignent pas Scheveningen, alors il faudrait, pour être juste, qu’on libère celui qui est déjà là-bas. En attendant, et pour la justice, pourquoi ne pas trouver une formule de libération conditionnelle pour lui ? La formule existe et est en ce moment appliquée au premier ministre kenyan, qui se rend à la Haye pour ses comparutions et revient dans son pays. Pourquoi ne pas créer comme au Rwanda et en Sierra-Léone, un Tribunal spécial pour la Côte d’Ivoire ? De nombreuses idées existent, il faut les exploiter au maximum car nous devons nous garder des attitudes qui créeraient des injustices, sources de nouvelles frustrations et de conflits à venir.
L’Union africaine (UA), à travers le panel des chefs d’Etat, a supporté la victoire de Ouattara. J’aurais donc été étonné d’entendre une protestation officielle. En plus, en la matière, je ne suis pas sûr que la voix des pays africains soit audible. En tout cas, je ne l’ai pas entendu.
L’opposition n’est pas beaucoup représentée à l’Assemblée nationale : Jeannot Kouadio-Ahoussou et Guillaume Soro entre-prennent-ils des actes qui montrent que le pouvoir tient compte de l’opposition et la respecte ? Pourquoi ne luttez-vous pas pour obtenir un statut de l’opposition en bonne et due forme et que celui-ci soit inscrit dans la constitution ?
Franchement, il n’y a pas d’opposition à l’Assemblée nationale et on peut saluer l’initiative du premier ministre Jeannot Kouadio-Ahoussou et du gouvernement concernant le dialogue de Grand-Bassam entre le gouvernement et l’opposition. Lors du conclave de Bassam, des paroles fortes ont été dites, le cadre du dialogue a également été tracé. Il faut maintenant crédibiliser le cadre afin de donner confiance à l’opposition et de rassurer le gouvernement.
La question du statut de l’opposition fait partie des sujets à traiter dans ce cadre permanent. Nous attendons le chronogramme de travail qui doit reprendre les grands chantiers dégagés. Nous continuons à nous parler. Nous sommes confiants de part et d’autre. Cela est un bon début. Pourvu que ce ne soit pas du bluff !
Vous avez toujours dénoncé les accords de défense entre la France et la Côte d’Ivoire même quand vous étiez président de l’Assemblée nationale. Alors que vous étiez bien placé pour les faire supprimer, pourquoi avoir tant tergiversé ?
Il me semble que de nouveaux accords étaient en discussion entre Laurent Gbagbo et Nicolas Sarkozy. Je ne connais pas les termes exacts de ces accords ni ne sais à quel niveau de discussion ils étaient. Nous n’avons pas tergiversé, notre position est restée constante sur ce sujet. Les anciens accords de défense (puisque nous ne connaissons pas les termes du nouveau) étaient des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à inter venir selon les besoins de Paris. Avec ces accords, la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé l’indépendance aux pays africains.
Il est également notable que ces accords de défense font partie intégrante du «Pack de coopération», dans lequel on trouve la question du F CFA. Il faut retenir que ce que l’on appelle à Paris un accord de défense est d’abord pour l’Afrique un accord commercial. Pour les uns, il s’agit de la défense des intérêts qui assurent l’accès aux matières premières, pour les autres, il s’agit de commerce avec un partenaire privilégié. J’ai toujours été étonné d’entendre les Africains appeler ces textes, Accords de défense. Nous devrions dire Accords de protection administrative commerciale et monétaire de nos pays par la France. Ce sont des Accords protectionnistes.
Il y a encore beaucoup d’insécurité et les armes continuent de circuler en Côte d’Ivoire en nombre. Et puis, Alassane Ouattara, dit-on, a de plus en plus peur d’un coup d’état. N’est-ce pas normal qu’il cherche à préserver une certaine stabilité des institutions en demandant une présence des militaires français dans votre pays ? Vous à sa place, auriez fait autrement ?
Je ne comprends pas les normes qu’ils cherchent à préserver. L’armée française était présente à Abidjan en 1999 lorsque Bédié, pourtant démocratiquement élu, a été renversé par le général Guéi Robert. Elle était en Côte d’Ivoire, cette armée, lorsqu’en septembre 2002, M. Gbagbo, démocratiquement élu, a failli se faire renverser. Elle était en Côte d’Ivoire, cette armée, lorsque Soro Guillaume y a installé une rébellion armée et anticonstitutionnelle, pendant près de dix ans. Cette armée française était sur place en Côte d’Ivoire lorsque les rebelles du MPCI ont braqué les agences de la BCEAO dans plusieurs villes du pays sous leur contrôle, empochant impunément près de 60 milliards de francs cfa. Je ne parle pas du pillage des forêts et des plantations de cacao. La stabilité des institutions ivoiriennes dépend des Ivoiriens, de leur volonté de respecter leur constitution ou pas. Ou bien l’armée française est neutre et n’est pas là pour la défense de nos institutions, elle nous lais-se nous débrouiller entre nous, dans ce cas, nous n’avons pas besoin d’elle ou bien, elle n’est pas neutre et alors, on ne peut pas dire qu’elle soit là pour la défense des institutions, sinon Bédié n’aurait jamais été renversé et Soro n’aurait jamais réussi à installer une rébellion. Nous devons savoir ce que nous voulons exactement et ne pas soutenir n’importe quoi.
Qu’aurais-je fait à la place de Ouattara ? A sa place, j’aurais respecté les institutions de mon pays. J’aurais engagé une procédure de révision des Accords de coopération signés en avril 1961 entre la France et un certain nombre de pays africains. J’aurais demandé l’audit des comptes d’opérations que la Côte d’Ivoire a ouverts auprès du Trésor français et qui sont supposés assurer la garantie du F CFA. J’aurais proposé aux pays membres de l’UEMOA la création d’une monnaie sous-régionale commune arrimée à l’euro ou au dollar et/ou à un panier de monnaies avec une parité flexible.
Je me serais dépêché de faire tomber toutes les barrières protectionnistes qui ont été érigées avec les accords de coopération franco-ivoiriens. A sa place, j’écouterais les populations afin d’améliorer leur niveau de vie, gage véritable de la stabilité des institutions. A sa place, je me convaincrais que c’est le peuple de Côte d’Ivoire qui m’a élu et que mon serment m’oblige auprès de lui d’abord. Le volet militaire nous importe peu. Nous n’en avons pas besoin en réalité. C’est parce que nous avons peur de nos peuples que nous engageons autant de dépenses militaires là où les peuples attendent des infrastructures sociales, culturelles et économiques.
Parlons franchement, l’arrivée des socialistes au pouvoir en France, vous arrange non ? Ne vaut-il pas mieux Hollande que Sarkozy, qu’on soit Lider ou qu’on soit FPI ?
Pour nous, à LIDER, et nous souhaitons que cela soit la position de l’élite africaine, une hyène édentée, mal dentée ou non dentée reste toujours une hyène et sa bouche ne sera jamais un chemin de passage agréable pour le cabri. «La France n’a pas d’amis, elle n’a que ses intérêts». Cet aphorisme du général de Gaulle est encore d’actualité aujourd’hui. C’est la même chose lorsqu’une partie de l’élite africaine croyait qu’avec l’élection d’Obama, les pays africains allaient se développer rapidement. Le croire parce qu’il a du sang noir est plus que stupide. Le génocide rwandais, qui a eu lieu du 6 avril au 4 juillet 1994, s’est déroulé sous le mandat d’un président «socialiste» en la personne de François Mitterrand, grand ami du Rwanda. Gbagbo disait qu’avec l’arrivée de Sarkozy au pouvoir et le départ de Chirac, il pouvait dormir tranquille. On connaît la suite.
Certes avec François Hollande, le style va probablement changer mais dans le fond, il travaillera d’abord à la préservation des intérêts français. Pour nous, ce qui compte, c’est la politique des Etats africains vis-à-vis de la France.
Quel que soit le président français, nous dénoncerons toujours le pacte colonial. Nous ne sommes pas des Anti-Français, mais il faut sortir de ces accords de coopération léonins qui retardent le développement des pays de la Zone Franc.
On oublie parfois que vous êtes enseignant au départ. Vous avez beaucoup embrassé la politique et abandonné la science quand vous étiez au pouvoir. Finalement, l’enseignement supérieur a connu un recul pendant votre présence aux affaires. Le gouvernement est en train de s’attaquer à ce problème. Quel regard portez-vous sur son action ?
Si l’enseignement supérieur avait connu un recul pendant que nous étions aux affaires, les universités n’étaient pas fermées. Aujourd’hui, les universités sont fermées en Côte d’Ivoire pour, dit-on, les réhabiliter. On se pose la question de savoir s’il était nécessaire de fermer pendant deux années les universités pour une réhabilitation des bâtiments. Pendant tout ce temps, les enseignants sont payés. Aujourd’hui, nous avons trois générations d’étudiants bacheliers à la maison. Le silence des parents d’élèves est tout aussi curieux.
Du point de vue du capital humain, c’est un drame pour notre pays. Comment la rentrée scolaire va-t-elle se passer si un jour le gouvernement avait le courage de rouvrir les campus ?
Je n’ai pas abandonné la science au profit de la politique. D’ailleurs à l’université, il y a une discipline qu’on appelle sciences politiques. Le savant et le politique ne rentrent pas en contradiction. De ce point de vue, un scientifique peut faire de la politique et garder sa rigueur. Et j’entends à l’ouverture des universités, reprendre mes enseignements à la faculté des sciences économiques et de gestion d’Abidjan-Cocody.
Dominique Ouattara, la nouvelle première dame de Côte d’Ivoire, ne fait pas de poli-tique comme Simone Gbagbo. Elle est pleinement engagée dans le social. N’est-ce pas une bonne chose pour la Côte d’Ivoire ?
Elle ne fait pas de la politique dites-vous ? La fondation Children of Africa, propriété de la première dame, a été érigée en organisation d’utilité publique par un décret pris par son mari (décret n° 2012-232 du 07/03/2012). Cela signifie que cette fondation bénéficiera de l’argent du contribuable ivoirien pour son financement. En clair, on prend l’argent de l’Etat pour faire les œuvres caritatives. La bonne gouvernance est en souffrance. Pourquoi le ministère des Affaires sociales ne fait pas ce travail avec de l’argent public ? C’est comme si nous avions un ministère-bis des Affaires sociales. En plus, Mme Dominique Ouattara a été élevée, le 6 décembre 2011, par son époux via la Grande Chancelière, à la dignité de Commandeur de l’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire. Comme ça ! Je ne sais pas si Mme Houphouët a été élevée à cette distinction par son mari président de 1960 à 1994. Je ne sais pas si Mme Bédié l’a été par son mari président de 1994 à 1999. Je sais que Mme Gbagbo n’a reçu aucune médaille de son mari président de 2000 à 2010, à moins que cela ait été fait clandestinement ou bien que je sois mal informé. Le président Ouattara, en un an de présidence, décore son épouse et l’élève à la dignité de Commandeur de l’Ordre national. C’est une bonne chose pour elle, mais pour la Côte d’Ivoire, je ne sais pas. Je me le demande comme vous.
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Interview réalisée par Jean Paul Tedga in Afriqueducation nr.348, du 16 au 31 mai 2012