jeudi 26 janvier 2012

Côte d'Ivoire: Ouattara veut "protéger les minorités"


Côte d'Ivoire: Ouattara veut "protéger les minorités"

Propos recueillis par Vincent Hugeux, publié le 25/01/2012 à 12:40, mis à jour à 17:23

  • Côte d'Ivoire: Ouattara veut "protéger les minorités")
Le président ivoirien est en visite d'Etat en France, du 25 au 28 janvier.
REUTERS/Fred Dufour/Pool

En exclusivité pour L'Express, le chef de l'Etat ivoirien en visite en France ce mercredi répond point par point aux griefs que suscite son action. 

La réconciliation
Elle ne devient réalité que lorsque les uns et les autres se sentent en paix et en sécurité. Il faut avant tout améliorer les conditions de vie, restaurer les pistes, bâtir des centres de santé ou des écoles. Voilà pourquoi j'ai retardé ma visite dans l'Ouest, initialement programmée en octobre dernier, et que j'accomplirai en mars : une telle tournée coûte l'équivalent de 2 millions d'euros. Or je ne veux pas, comme Laurent Gbagbo, engloutir 90 % de ce budget dans le dispositif de sécurité et l'intendance. Qu'est-ce que j'apporte aux populations ? Voilà la question. D'abord, du concret sur le terrain."  
L'impasse foncière
Nous devons inventer quelque chose de nouveau sur le droit de propriété 
"Il faut avoir le courage de s'attaquer enfin au problème du foncier rural, ce que personne n'a fait jusqu'alors. Je vais le régler, d'autant que je dispose d'une majorité solide à l'Assemblée. Les ministres de la Justice et de l'Agriculture auront pour mission de définir le cadre de la réforme. Il y aura des décisions difficiles à prendre, mais nous devons inventer quelque chose de nouveau sur le droit de propriété."  
La citoyenneté

Reportage

A lire aussi, le reportage de notre envoyé spécial à Duékoué, théâtre de carnages postélectoraux il y a dix mois, dans l'Ouest du pays.  
"Il est grand temps aussi de résoudre la question de la nationalité. Ce n'est pas parce qu'on se nomme Ouedraogo ou Diop qu'on ne peut être citoyen ivoirien. Ceux qui prétendent qu'il y a un problème religieux dans ce pays font erreur. En revanche, il y a des problèmes ethniques. Chez nous, un dixième de la population est éparpillé en une cinquantaine d'ethnies. Les minorités ont une peur bleue de la majorité. Il faut donc tout faire pour les protéger. La Constitution et le Code électoral doivent mieux garantir leurs droits." 
L'insécurité dans l'Ouest
"Nous sommes en train de rétablir l'ordre. La situation s'est améliorée le long de la frontière libérienne. La gendarmerie et la police ont été redéployées partout. Reste l'écueil de leur armement, bloqué pour l'heure par l'embargo onusien. Dans deux mois, ces forces recevront les armes légères dont elles ont besoin. A ce stade, dans les chefs-lieux, nos gendarmes n'ont ni locaux ni moyens de transport. Même si là encore il y a du mieux, notamment grâce aux véhicules donnés par la France." 
La nomination de nordistes aux postes clefs
Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité 
"Il s'agit d'un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité. S'agissant des hauts cadres de l'armée, j'ai eu à négocier avec les officiers des ex-Forces nouvelles [FN, ancienne rébellion nordiste], qui voulaient tous les postes. Et j'ai réussi à imposer cet équilibre dans la hiérarchie militaire, jusqu'au niveau de commandant : le n° 1 issu des FN, flanqué d'un n° 2 venu de l'ancienne armée régulière. Tous grades confondus ; il y a 12 % de nordistes dans la police, 15 % dans la gendarmerie et 40 % environ dans l'armée... Sur ce terrain-là, on ne peut rien me reprocher." 
Une "justice des vainqueurs"?
Si certains chefs militaires ont failli, ils seront démis, arrêtés et jugés 
"J'ai mis en place une commission nationale d'enquête, qui rendra son rapport d'ici à la fin de février. Les individus incriminés seront jugés sur la base de ce document, et non à partir d'études rédigées par des ONG des droits de l'homme dont les équipes ont passé une semaine ou dix jours en Côte d'Ivoire. Si certains chefs militaires ont failli, ils seront démis de leurs fonctions et arrêtés. Dans un régime présidentiel, je peux mettre fin par décret, si besoin, au mandat de tel ou tel." 
La réforme de l'armée
"Un chantier essentiel. Il y aura refonte de l'état-major et encasernement des soldats. Un corps de réservistes, formés et encadrés, aura vocation à participer à des travaux de développement. De même, nous créerons un fonds de rachat des armes. Tous les combattants d'hier veulent devenir membres de l'armée nouvelle, mais tous ne le seront pas. S'agissant des accrochages récents entre civils et militaires, j'ai convoqué il y a peu tous les généraux pour leur dire ceci : "S'il n'y a pas d'amélioration notable en la matière dans les trois mois, je mets un terme à vos fonctions." 


Les plaies à vif de la Côte d'Ivoire


Les plaies à vif de la Côte d'Ivoire

Par notre envoyé spécial Vincent Hugeux, publié le 25/01/2012 à 07:01, mis à jour à 18:24
Un soldat des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), la nouvelle armée nationale, patrouillant en avril 2011 à Youpougon, fief abidjanais de Laurent Gbagbo. Vainqueur dans les urnes, Alassane Ouattara doit à ses combattants d'avoir délogé le président sortant.
REUTERS/Luc Gnago

Vu de Duékoué, dans l'Ouest, théâtre il y a dix mois de carnages postélectoraux, le pays reste meurtri. Alors que le président Ouattara arrive à Paris ce mercredi, enquête sur une réconciliation en souffrance. 

D'abord, la bonne nouvelle. A Duékoué (ouest), épicentre des atrocités postélectorales qui ont endeuillé la Côte d'Ivoire en mars 2011, tout le monde, disciples du mauvais perdant Laurent Gbagbo comme partisans de l'élu Alassane Ouattara, prêche la réconciliation. Ensuite, l'envers de cet illusoire consensus : s'estimant moins fautif et plus sincère, chacun exige de l'autre qu'il entonne le premier son mea culpa. Enfin, l'évidence tant redoutée : passé le credo fraternel de rigueur, les stéréotypes ancestraux, exacerbés par cette orgie de violence, surgissent en rangs serrés. Les autochtones guéré, membres de l'ethnie dominante ? Des "fainéants", trop indolents pour travailler une terre féconde, paradis du cacao et du café. Les Malinké, ou Dioula, musulmans venus du Nord, souvent établis ici depuis des décennies ? Des "voleurs" enclins à squatter les plantations et les forêts de leurs "tuteurs" locaux et à les rançonner. 
Tuteurs... Le lexique en vigueur est lui-même piégé. Il y a donc les "autochtones", Ivoiriens du cru et de pure souche, les "allochtones", citoyens du pays des Eléphants eux aussi, mais issus d'autres communautés, et les "allogènes", immigrés natifs du Burkina Faso, du Mali ou de Guinée. L'usage relègue d'ailleurs tous les non-Guéré, Ivoiriens ou pas, au sein de la même tribu: celle des "Etrangers". Nul doute qu'à la faveur de sa visite d'Etat en France, du 25 au 28 janvier, le président Alassane Dramane Ouattara, alias ADO, exaltera l'impératif de concorde et de "cohésion nationale". 
Las ! Vu de Duékoué, à 500 kilomètres au nord-ouest d'Abidjan, l'apaisement des coeurs s'apparente au mieux à une tâche de longue haleine, au pire à une chimère. Sur ce terreau, théâtre d'effroyables tueries, la méfiance et la peur prospèrent au moins autant que les cacaoyers.  
Tour à tour, les pro-Gbagbo puis les pro-Ouattara ont tué, mutilé, violé, brûlé, pillé 
Trop de blessures à vif. Tour à tour, les miliciens du clanGbagbo, épaulés par des bandes de mercenaires libériens, puis les combattants pro-Ouattara - ex-rebelles nordistes, chasseurs traditionnels dozo et gros bras d'un puissant planteur d'origine burkinabée - semèrent la mort en ville et dans les villages voisins. Ils ont tué, mutilé, violé, brûlé, pillé. Dépeinte dans divers rapports truffés de témoignages (1), l'horreur atteint son apogée le 29 mars. Maîtresses depuis l'aube de Duékoué, les forces ouattaristes massacrent des centaines de civils retranchés dans le quartier Carrefour, bastion guéré. Chasse à l'homme sélective : en guise de critères, le nom, la carte d'identité, la langue et l'allégeance réelle ou supposée au sortant Laurent Gbagbo. 
La méfiance et la peur prospèrent
Les dix mois écoulés depuis lors ont à peine effacé les stigmates du carnage. Au coeur d'un marché, cet alignement de pierres délimite deux fosses communes. Dans la cour de la mission catholique qui hébergea jusqu'à 30 000 Guéré, dont une poignée de miliciens, subsistent quelques tentes peuplées de sans-abri. Dans le hameau tout proche de Niambly, on erre encore entre les cases désertes et sans toit - "décoiffées", dit-on ici - aux murs parfois calcinés. "Chacun chez soi, soupire l'imam Mamadou Doumbia. Les Dioula dans leur fief de Kokoma. Et les Guéré à Carrefour. Même si quelques-uns d'entre eux ravivent l'espoir du vivre ensemble." Tel Victorien, fondateur dès 2000 d'un comité Amour et paix et président des menuisiers de Duékoué : "Avec le temps, tout passe, avance sobrement ce colosse qui vit en plein quartier dioula avec femme et enfants. C'est arrivé, c'est terminé, on tourne la page."  
Les pionniers de son espèce sont rares. "Se réconcilier, soit, concède le vieux François Batihy, chef de canton central. Mais après, on va où ? Chez nous, la peur règne. Il faut que l'Etat ait le courage de rebâtir nos maisons et de désarmer ceux qui nous spolient de nos parcelles." "Sans habitat ni sécurité, aucun retour possible", renchérit Firmin Yro, porte-parole des déplacés du site de Nahibly. Lui juge incongrue l'élection, lors du scrutin législatif de décembre, d'une députée nommée Touré, patronyme nordiste. Reconnaît-il au moins la légitimité d'ADO ? "Dans notre culture, on n'arrache pas le masque de l'imposteur. Pour le moment, c'est lui qui est là." Une même nostalgie unit le notable chenu et le jeune boutefeu amer ; celle du "pays d'avant", d'un ordre social qu'on croyait immuable et de l'ère Félix Houphouët-Boigny. Nostalgie paradoxale : le défunt patriarche ne professait-il pas que la terre doit revenir aux bras qui la mettent en valeur ?  
Femmes dans leur maison en ruine, à Duékoué.
Femmes dans leur maison en ruine, à Duékoué.
AFP/Philippe Desmazes
"Ceux qui rechignent à rentrer chez eux ont sans doute trop de méfaits sur la conscience, riposte Daouda Koné, dit Konda, commandant local des Forces républicaines de Côte d'Ivoire [FRCI], la nouvelle armée nationale. A moins qu'ils ne préfèrent être nourris et blanchis dans un camp." Lorsqu'on lui soumet les récits détaillés de l'hécatombe du printemps 2011, ce jeune lieutenant dégaine l'arme du déni. "Je ne commente pas des documents que je n'ai pas lus. Vous ne trouverez pas la vérité dans ces pages.  
A la fin de mars, à Duékoué, c'était la guerre. Nos hommes n'ont fait que se défendre." Le carnage de Carrefour ? "Un truc intercommunautaire." Perçu ici comme le détenteur du pouvoir local, bien plus influent que le maire, introuvable, ou le préfet, dépourvu de moyens, Konda a "longuement réfléchi" à une impasse foncière qu'aggrave l'absence de cadastre comme d'actes de vente, source depuis des lustres de litiges meurtriers. Il faut, à l'en croire, interdire les transactions sur la terre et instaurer un système de location. Pour l'heure, maints planteurs guéré réclament les parcelles vendues hier par leurs pères aux employés "étrangers". Rétrocession figurant en bonne place parmi les promesses de campagne de Laurent Gbagbo. 
"Décréter la réconciliation n'a aucun sens"
Président de la commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, installée en septembre 2011, l'ancien Premier ministre Charles Konan Banny sait bien que toute embellie suppose la résolution de cet imbroglio. Reste que la visite éclair sur place, au lendemain de Noël, de ce cacique houphouétiste n'aura pas suffi à conforter l'assise d'une instance méconnue aux prérogatives floues.  
Certains caïds nordistes ont été promus au sein de l'appareil sécuritaire 
"Nous avons besoin de délégués qui s'installent ici, labourent le terrain, consultent les chefferies coutumières", insiste le père Cyprien Ahouré. Ce prêtre salésien parle d'or : il a guidé dans la tempête une mission catholique submergée par l'afflux de réfugiés et tenté vainement, avec d'autres dignitaires religieux, imams ou pasteurs, d'endiguer le déferlement de haine. "Faire table rase du passé et décréter la réconciliation n'a aucun sens, poursuit le prélat. La justice d'abord, la miséricorde ensuite." Mais voilà : la "justice impartiale", si souvent promise par Alassane Ouattara, se fait attendre.  
A ce stade, seuls des fidèles de Gbagbo, lui-même transféré à La Haye, siège de la Cour pénale internationale, ont été arrêtés. Quant aux caïds nordistes, ils sont pour l'heure épargnés. Y compris ceux incriminés dans les exactions barbares commises tant à Abidjan que dans l'Ouest. Certains d'entre eux ont même été promus, le 3 août, au sein de l'appareil sécuritaire (voir l'encadré ci-dessous).  
Peut-être le technocrate Alassane Ouattara, étranger à une caste militaire qu'il admire et craint, surestime-t-il la dette contractée envers les commandants de zones régnant sur la moitié nord du pays depuis le coup d'Etat avorté de 2002. "Comzones" qui lui ont ouvert par les armes, avec le concours actif du contingent français, le chemin d'un pouvoir gagné dans les urnes.  
Au fil des semaines, le coût politique du lâchage de deux ou trois seconds couteaux, qu'il aurait pu et dû "sacrifier" d'emblée au nom de l'équité, n'a cessé de s'alourdir. Or, le mandat de cet économiste aguerri sera jugé non pas au regard du taux de croissance d'une Côte d'Ivoire dotée d'atouts prodigieux, mais à l'aune de sa capacité à ressouder la patrie fragmentée. Le temps n'est plus aux incantations. Il faut panser les plaies pour penser l'avenir. 

Promotion caïds

Soupçonnés pour certains d'avoir commis ou couvert de graves exactions, plusieurs chefs militaires pro-Ouattara ont été maintenus dans leurs fonctions, voire promus. 
Losseni Fofana, alias "Loss" ou "Cobra". Vice-commandant des Forces spéciales, unité d'élite fraîchement créée. Alors qu'il dirigeait le secteur de Man (centre-ouest), ses hommes auraient joué un rôle-clef dans le massacre de Duékoué. Un de ses subordonnés, Eddie Medy, est impliqué dans les atrocités commises près de la frontière libérienne. 
Chérif Ousmane. Commandant en second du Groupe de sécurité de la présidence de la République. Suspecté d'avoir ordonné en mai 2011, à Abidjan, l'exécution de 29 prisonniers.  
Issiaka Ouattara, dit "Wattao". N° 2 de la Garde républicaine. Lui passe avant tout pour la figure de proue d'un système mafieux. Il règne sur un quartier chic d'Abidjan, que sillonne sa flotte de 4 x 4 hors de prix et de limousines luxueuses. 
Martin Fofié Kouakou. Nommé commandant du secteur de Korhogo (nord). Figure depuis 2006 sur la liste des sanctions des Nations unies.  
Parmi les promus moins controversés, citons Zakaria Koné, placé à la tête de la toute nouvelle Police militaire, ou Tuo Fozié, patron d'une Cellule de lutte contre le racket. 
(1) Documents accessibles en français sur les sites d'Amnesty international (www.amnesty.fr), de Human Rights Watch (www.hrw.org/fr), de l'International Crisis Group (www.icg.org/fr) et de la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (www.onuci.org). 

mercredi 25 janvier 2012

Ou sont tous ces prisonniers des FRCI?



























CPI/Côte d'Ivoire : Pour un examen de l'action de l'opération française Licorne


 CPI/Côte d'Ivoire : Pour un examen de l'action de l'opération française Licorne


(Alwihda) SURVIE - 25 Janvier 2012


Le 3 octobre 2011, les juges de la troisième Chambre préliminaire de la Cour Pénale Internationale ont autorisé le Procureur à ouvrir une enquête sur les événements consécutifs à l’élection présidentielle ivoirienne de 2010. Les juges ont aussi demandé que leur soit transmise « touteinformation supplémentaire à sa disposition sur des crimes qui pourraient relever potentiellement de la compétence de la Cour et qui auraient été commis entre 2002 et 2010 » [1 ]. Cette demande ouvre la possibilité d’un examen de l’action de la force fran&! ccedil;aise Licorne par une juridiction internationale. 
L’association Survie transmettra prochainement un dossier au bureau du Procureur sur les exactions de l’armée française durant les désastreuses journées de novembre 2004. Dans cette perspective, toute information sur ces faits peut lui être transmise [2 ]. 
Membre de la Coalition Française pour la Cour Pénale Internationale (CFCPI), Survie s’est mobilisée pour la création de cet outil juridique, auquel nombre de personnalités politiques et militaires françaises étaient réticentes. Elle est souvent dépeinte comme une cour « pour juger les Africains » et comme un outil politique aux mains des grandes puissances, pour juger les leaders africains. En effet, les 7 situations ayant donné lieu à des enquêtes de la CPI se limitent à des pays d’Afrique et les 27 mandats d’arrêt et citations à comparaître délivrées jusqu’ici concernent exclusivement des Africains. Il faut saisir les opportunités pour qu’il en soit autrement et que la Cour exerce un contre-pouvoir sans soupçon de discrimination. 
Une place particulière est laissée aux ONG dans le fonctionnement de la Cour. Contrairement à une idée très répandue, il n’est pas possible, pour une ONG de saisir ou de porter plainte devant la CPI. Le statut de Rome permet, en revanche, à une association comme Survie, de soumettre au Procureur des informations sur des faits relevant de la compétence de la Cour [3 ]. Sur la base des éléments transmis, il peut enquêter sur les faits concernés. Dans le cas contraire, le Procureur doit en aviser la source des informations [4 ], le plus souvent en argumentant. 
Les éléments que Survie compte transmettre au Procureur de la CPI concernent un moment clé de la crise ivoirienne. Début novembre 2004, l’armée ivoirienne lance une offensive sur le nord du pays, sous le contrôle depuis deux ans d’une rébellion. Au cours de cette offensive, essentiellement aérienne, neuf soldats français de la force Licorne et un civil américain trouvent la mort dans un bombardement, le 6 novembre. Dès lors, c’est l’escalade : neutralisation des moyens militaires aériens ivoiriens et prise de contrôle de l’aéroport d’Abidjan par l’armée française, importantes manifestations contre l’armée française et exactions contre des expatriés. La prise de contrôle d’Abidjan par la force Licorne fera, en l’espace de quatre jours, plusieurs dizaines de morts ! parmi les civils ivoiriens. Les affrontements les plus importants ont eu lieu à l’aéroport d’Abidjan, devant la base militaire française de Port-Bouët, au niveau des ponts qui enjambent la lagune Ébrié, autour de l’hôtel Ivoire, mais aussi dans l’intérieur du pays, notamment à Duékoué. 
Si le bilan chiffré – entre une vingtaine et une soixantaine de morts – de ces « quatre jours de feu » [5 ] de l’armée française reste sujet à controverse, les documents disponibles pour examiner les exactions commises ne manquent pas : un rapport [6 ] d’assistance fournie par l’Etat sud-africain à l’Etat de Côte d’Ivoire, deux reportages [7 ] diffusés par Canal Plus, articles d’enquête du Canard Enchaîné, une enquête [8 ] d’Amnesty International. Et les multiples contradictions relevées dans les déclarations successives du Ministère de la Défense français ! Les documents montrent en particulier les moyens disproportionnés employés par l’armée française face aux manifestants ivoiriens. 
Malgré les demandes ivoiriennes, malgré les demandes de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, de la Ligue des Droits de l’Homme [9 ] et d’Amnesty International, malgré quatre propositions de résolution [10 ] visant à créer une commission d’enquête parlementaire, les autorités françaises sont restées sourdes aux demandes d’éclaircissements sur l! ’intervention française en Côte d’Ivoire. Interpellé par Amnesty International, le ministère de la Défense français avait répondu que le gouvernement ne demanderait pas de lui-même une enquête internationale indépendante, mais qu’il était disposé à collaborer si une telle enquête voyait le jour. Une enquête de la CPI pourrait être l’occasion de concrétiser enfin cette bonne foi. 
Avec la reconnaissance de la compétence de la CPI en Côte d’Ivoire par Laurent Gbagbo, puis par Alassane Ouattara, la Cour pourrait donc être saisie de ces faits, si le procureur estime qu’il y a « une base raisonnable pour ouvrir une enquête ». 
Au soir du 10 novembre, au cours d’un entretien télévisé [11 ], le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, résuma sèchement la position française quant à une enquête sur les événements qui venaient de s’enchaîner en Côte d’Ivoire : « On ne tue pas les soldats français sans que la riposte soit immédiate... ». Par cette démarche auprès du Procureur de la CPI, nous entendons faire prévaloir l’esprit de justice sur la loi du talion. Cette initiative s’inscrit dans la volonté de Survie de mettre fin à l’impunit&eac! ute; des crimes commis par l’armée française en Afrique. 
Les informations transmises devront être le plus étayées possible. Ces informations peuvent évidemment aussi être adressées au Procureur par toute autre organisation qui entame une démarche similaire. Toute personne souhaitant transmettre à Survie des éléments (témoignages oraux, écrits, vidéos, photos, liste de victimes avec coordonnées, etc.) afin d’enrichir le dossier peut le faire : 
En cas de transmission d’éléments, il sera utile de préciser, notamment, les conditions d’anonymat, les moyens pour contacter les témoins éventuels et s’ils seraient prêts à témoigner.
[1 ] Communiqué de presse de la CPI du 3 octobre 2011, La Chambre préliminaire III de la CPI autorise le Procureur à ouvrir une enquête en Côte d’Ivoire, ICC-CPI-20111003-PR730 
[2 ] Survie ne souhaite pas avoir l’exclusivité d’une telle démarche. Les témoignages peuvent être adressés au Procureur par l’intermédiaire d’autres organisations 
[3 ] Article 15.1 et 15.2 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale 
[4 ] Article 15.6 
[5 ] Nom d’un documentaire, cf. infra 
[6 ] Intitulé Rapport d’enquête sur les fusillades survenues en Côte d’Ivoire en novembre 2004 
[7 ] Côte d’Ivoire : Quatre jours de feu, diffusé le 30/11/2004 et Le mardi noir de l’armée française, diffusé le 08/02/2005 
[8 ] AFR 31/005/2006, Affrontements entre forces de maintien de la paix et civils : leçons à tirer, 19/09/2006 
[9 ] Communiqué de presse commun de la FIDH et de la LDH du 30/11/2004 
[10 ] Deux ont été déposées le 01/12/2004, les deux autres les 26/10/2005 et 12/07/2011 
[11 ] Questions ouvertes, France 2, le 10/11/2004. Cet entretien est repris dans les Déclarations Officielles de politique étrangère du bulletin d’actualité du Ministère des Affaires Étrangères français du 15/11/2004

Le mensonge mediatique....




 

Sans vergogne. 
On ment,
On tue, et 
On joue les victimes.

Cette photo du brule nous vient de l'Afrique du Sud et non de la Cote D'Ivoire, encore moins l'oeuvre des partisants de Gbagbo contre des gentils et doux nordistes.




Lepoint.fr - Publié le 19/05/2008 à 14:23 - Modifié le 22/05/2008 à 16:34
Le 18 mai 2008, dans la banlieue de Johannesburg, un immigré est victime d'un crime xénophobe. Il est brûlé vif par des assaillants sud-africains.© AFP PHOTO / STRINGER
Le 18 mai 2008, dans la banlieue de Johannesburg, un immigré est victime d'un crime xénophobe. Il est brûlé vif par des assaillants sud-africains.© AFP PHOTO / STRINGER

Parce que la police est débordée, l'armée s'en mêle. Dans la région de Johannesburg, en Afrique du Sud, les militaires, hélicoptères à l'appui, sont en état d'alerte jeudi, au cas où les violences xénophobes reprendraient. Depuis le 11 mai, celles-ci ont fait 42 morts et 16.000 déplacés. 


Si la situation semblait plus calme dans la région de Johannesburg, la police a pour la première fois rapporté des attaques dans la province limitrophe du North West, dans le township d'Oukasie, à Brits. Et de nouveaux troubles ont eu lieu dans la province du Mpumalanga mercredi soir, un Mozambicain blessé par balles ayant été hospitalisé. Le calme semblait en revanche revenu à Durban, le plus grand port du pays, où des populations nigérianes avaient été prises à partie mardi. 

"Nous sommes prêts à aider ceux qui veulent rentrer" (Tsvangirai) 
Ces chasses à l'homme sont l'oeuvre de bandes armées de machettes et d'armes à feu s'en prenant à des immigrés tels des Zimbabwéens, des Mozambicains et des Malawis. Confrontés à 40 % de chômage et 43 % de pauvreté, beaucoup de Sud-Africains les accusent de voler leurs emplois et d'être responsables de la criminalité. Trois millions d'immigrés vivraient en Afrique du Sud pour une population totale estimée à 48,5 millions d'habitants. Le président sud-africain Thabo Mbeki et Jacob Zuma, chef du parti au pouvoir (Congrès national africain-ANC, qu'a dirigé NelsonMandela), ont vivement condamné ces attaques, qui ternissent l'image de la nation Arc-en-ciel, rêvée par le héros de la lutte anti-apartheid et ancien président Nelson Mandela. 

Le chef de l'opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai, s'est rendu jeudi à Alexandra, le township sud-africain où ont eu lieu les premières violences, le 11 mai dernier, pour rencontrer des victimes. "Si tout allait bien chez nous, nous n'aurions pas besoin d'être ici. J'espère que nous allons pouvoir résoudre la crise chez nous", a-t-il confié. "Nous sommes prêts à aider ceux qui veulent rentrer." 

"Quand on vit dans des conditions sordides, il suffit d'un incident pour que la violence explose", a déclaré jeudi le président mozambicain Armando Guebuza. Il a reconnu que les Sud-Africains "qui n'ont pas eu accès à l'éducation" en raison des injustices héritées de l'apartheid tombé en 1994, "envient les immigrés, surtout les Zimbabwéens mieux qualifiés".
Par CLÉMENT DANIEZ (AVEC AGENCE)

Meeting du LMP-pro Gbagbo a Yopougon










Tout parti pris dans la crise ivoirienne pour diaboliser un camp mene au regret. La violence est partout.  Mais si on devait designer ceux qui ont plus tuer, le RDR porte la palme des tueries en Cote D'Ivoire et ceux depuis 2000.