mercredi 24 octobre 2007

Achat de l’usine de fulton: les revelations de jeune afrique

Jeune Afrique du 21 octobre au 03 novembre 2007

Le deal a été conclu dans la nuit

L « affaire Fulton », du nom de la ville de l’Etat de New York qui abrite l’usine de fabrication du Grunch, ressemble à un véritable trhiller avec, comme acteurs principaux, les représentants des planteurs à la tête de l’une des principales structures de gestion de la filière café cacao, le Fonds de régulation et de contrôle (FRC), des industriels ainsi que de proches conseillers du chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo. Et, comme guest star la sénatrice démocrate Hillary Clinton, l’ex-première dame américaine. L’affaire embarrasse les autorités des deux côtés de l’Atlantique. Car elle aurait englouti quelque 16 milliards de Fcfa (24,4 millions d’euros) – 100 milliards de Fcfa, selon la presse ivoirienne.
A l’origine, une banale histoire de délocalisation : le groupe Nestlé décide fin 2002 de fermer son usine de Fulton pour ouvrir un complexe similaire au Brésil. Objectif : faire des économies d’échelle. Jean-Claude Amon, alors conseiller du président Gbagbo au développement industriel, flaire la bonne affaire. Il se rapproche d’un de ses compatriotes ivoiriens implanté de longue date aux Etats-Unis, Hausmann-Alain Banet, et le charge de réaliser, pour 250.000 dollars, une étude minutieuse du potentiel de l’usine. Cet ancien du cabinet Ernest & Young, Ousmann-Alain Gbané de son nom d’origine, a pris la nationalité de son pays d’accueil et un nom occidental, plus facile à porter au lendemain des attentats du 11 Septembre 2001. Il est le représentant du fonds de pension Lion Capital Management Group (LCMG) à New York. Son audit est très favorable à la reprise de cette usine.
L’affaire, qui ressemble à un trhiller financier, pourrait devenir un scandale politique. Mieux, il souhaite associer LCMG au projet, promet de faire jouer toutes ses relations pour obtenir le complexe au meilleur prix et convaincre ses associés américains. Avant de se lancer dans une campagne de lobbying.
A Abidjan, Leila N’Diaye, la fille de l’ancien président de la Banque africaine de développement (BAD), Babacar N’Diaye, représentante spéciale du chef de l’Etat, et Jean-Claude Amon, sont chargés de monter le dossier de rachat. On pense d’emblée au Fonds de régulation et de contrôle (FRC), piloté par Angeline Kili, proche du Front populaire Ivoirien (FPI, au pouvoir). Sur le principe, il n’y a rien à redire. Le président Gbagbo exaucera ainsi le vieux rêve de tout planteur : maîtriser son produit du champ jusqu’à la commercialisation, engrangeant au passage toute la valorisation industrielle. C’est aussi une occasion unique de montrer à la face du monde comment un Petit Poucet, de surcroît en proie à une grave crise politico-militaire à rebondissements, va épargner à la première économie de la planète une délocalisation coûteuse en emplois. Et s’attirer ses faveurs. Mais il faut aller vite pour ne pas rater une affaire sur laquelle lorgnent d’autres concurrents, notamment la société financière Island Capital Venture.
Dès juillet 2003, le gouvernement de Côte d’Ivoire, représenté par Jean-Claude Amon et Leila N’Diaye, passe avec LCMG une convention initiale devant la juridiction du Delaware, un Etat où les impôts sont quasi nuls et le secret bancaire respecté. Ces documents de quatre pages stipule que les associés prendront les décisions en toute confidentialité (voir ci contre le document 1). Parallèlement, les repreneurs obtiennent le soutien des sénateurs démocrates Hillary Clinton et Charles E ; Schumer (voir ci-contre le document 3). Un délai supplémentaire est demandé, avant la mise en vente des équipements et du terrain de l’usine pour permettre à LCMG ainsi qu’à son partenaire de rassembler les fonds nécessaires. En retour, les politiques promettent d’accorder d’importants allégements de charges fiscales au groupe suisse. Finalement, Nestlé cède le terrain et les murs pour une somme symbolique au comté d’Oswego (comté de l’Etat de New York qui abrite l’usine de Fulton) qui le rétrocède aux repreneurs.
Le gouvernement fédéral et l’Etat de New York accorderont aussi, sous condition de création d’emplois, subvention, prêt et allégements fiscaux à la nouvelle équipe pour près de 38 millions de dollars. Tout est en place. En octobre 2003, Banet créé New York Chocolate and Confections Company (NYCCC) et émet 1000 actions. Il se donne le titre de directeur de la société. L’usine et les équipements sont alors transférés à la nouvelle entreprise. Et 80 % des parts de NYCCC sont réservées au FRC.

Les réserves de Seydou Diarra et Amadou Gon Coulibaly
Mais le partenariat bat très vite de l’aile. Parce que, selon banet, le fonds ivoirien ne remplit pas son engagement initial : l’apport de 40 millions de dollars pour relancer rapidement les activités. A Abidjan, le nouveau Premier ministre, Seydou Elimane Diarra, et le ministre de l’Agriculture, Amadou Gon Coulibaly, demandent des éclaircissements sur une affaire à laquelle ils n’ont pas été associés. Le dossier est abordé en Conseil des ministres et devant le conseil interministériel des matières premières,le 19 Avril 2004. Lequel rend un avis défavorable à l’opération de rachat. Le compte-rendu de la séance fait état de plusierus questions restées sans réponse : pourquoi Nestlé vend –il ? L’équipe ivoirienne a-t-elle la capacité managériale ? Sous quelle marque seront commercialisés les produits ?
Le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) à Abidjan estime, lui, à 8 milliards de FCFA les investissements nécessaires. Qui va financer ? Le conseil fait également état de nombreux dysfonctionnement au FRC : la direction agit sans en référer au conseil d’administration dont elle n’exécute pas toutes les décisions. Elle ne transmet pas les éléments financiers et les signatures de convention sont tenues secrètes. Autant de raisons qui amènent Amadou Gon Coulibaly et Seydou Elimane Diarra à demander entre autres solutions, la suspension pure et simple de l’opération de rachat (voir page précédente le document 4). Mais il est déjà trop tard.
Quelques jours plus tôt, le 1er mars 2004, le conseil d’administration du Fonds, convoqué oralement et tenu de nuit, a validé par 5 voix contre 4 l’acquisition de NYCCC. Le commissaire du gouvernement, représentant du Premier ministre, n’y a pas été convié. Au cours de cette séance nocturne, Louis Okaingny est nommé président du conseil d’administration de la société. Planteur de métier, il sert de caution morale auprès du monde paysan. Le FRC confie un mandat provisoire de direction de l’usine à Jean –Claude Amon, titulaire d’un master of business aux Etats-Unis, l’un des seuls à parler couramment anglais. A ses côtés, un autre de ses compatriotes qui maîtrise parfaitement la langue de Shakespeare : Yalle Agbré, un ancien représentant de la défunte Caistab (la fameuse Caisse de stabilisation des prix du café et du cacao) aux Etats-Unis, qui s’est vu confier la trésorerie de la nouvelle société.
Un premier versement de 700.000 dollars est effectué pour lancer les opérations. Le 14 mai 2004, une délégation d’officiels conduite par Pascal Affi Nguessan atterrit à New york pour installer la direction de NYCCC et célébrer l’amitié ivoiro-Américaine. Angeline Kili du FRC claironne : « Les planteurs ivoiriens aiment la population d’Oswego. » Jean –Claude Amon et Yallé Agbré sont chargés de relancer les activités.
Deux ans plus tard, l’entreprise n’a pas réellement redémarré faute d’investissements suffisants et, surtout, de politique managériale. Bien n’a vraiment été préparé, l’affaire est vite devenu ingérable, les associés ne sont d’accord sur rien, surtout d’un point de vue financier. Banet souhaite notamment que le FRC rembourse à LCMG l’achat des équipements de l’usine, payer les factures d’électricité et investisse massivement. Soupçonnant des détournements de fonds, il engage des détectives privés pour retracer les transferts financiers. Car le Fonds continue bien à décaisser des sommes importantes, mais ne provisionne pas le compte de la NYCCC, à la Key Bank. L’argent alimente en fit deux comptes ouverts par Yalle Agbré. Qui reconnaît avoir reçu les virements, arguant du fait que la société ne disposait pas, à l’époque, de compte en banque. Mais rejette catégoriquement les allégations de Banet, qui, à l’entendre, se démène pour masquer ses propres agissements. Une bataille d’avocats s’engage. Le FRC prend les devants en saisissant la cour arbitrale du Delaware, afin de valider l’opération de rachat de Fulton, contestée par Banet. Les conseils de deux parties passent trois jours à argumenter. Le 22 janvier 2007, le juge amércain William B. Chandler se trouve dans l’incapacité de trancher. Les explications n’ont pas permis de voir clair dans cette affaire. Il manque surtout des traces écrites, beaucoup d’accords ayant été passés oralement. Le magistrats se contente d’entériner le statu quo : le FRC conserve 80 % des parts de NYCC contre 20 % à LCMG.

Les différents courriers
de Bannet
Banet n’en reste pas là. Il écrit au président Gbagbo le 1er mai 2007 en lui demandant d’intervenir avant que « la Presse ne s’empare du scandale » et va même jusqu’à s’offrir les services d’un « lobbyiste » qui se rend en Côte d’Ivoire. Il informe parallèlement la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, ainsi que l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan, Aubrey Hooks, et envoie une autre lettre à Robert Zoellick, président de la Banque mondiale. Décrivant ce qu’il appelle les subterfuges, auxquels le FRC aurait eu recours, Banet parle de détournements de fonds destinés à NYCCC (au bas mot 35 millions de dollars selon LCMG) et demande à la Banque de traiter ce dossier dans le cadre de l’initiative pour le retour des fonds volés (Stolen Asset Recovery-STAR).
En amenant l’affaire sur le terrain médiatique, Banet espère encore un règlement à l’amiable. Sa seule requête : se débarrasser de ses 20 % d’actions contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Cela lui permettrait de faire taire le mécontentement des retraités américains qui ont placé leur argent dans le fonds de pension LCMG et de mettre fin à la bataille judiciaire. Il n’est pas entendu par les dirigeants du RFC, actionnaires majoritaires, qui l’attaquent une nouvelle fois devant la cour supérieure du comité de San Francisco, juridiction abriant aujourd’hui LCMG, pour avoir encaissé des remboursements d’impôts indûment. La justice l’a condamné le 13 septembre dernier à payer 606 000 dollars à NYCCC.
L’affaire, qui ne concerne directement ni Abidjan ni Washington, n’en embarrasse pas moins les Etats-Unis. Le nouvel ambassadeur américain en Côte d’Ivoire, Wanda L. Nesbitt, ne souhaite pas s’exprimer sur un dossier brûlant susceptible de compromettre les intérêts de Cargill, la multinationale américaine qui achète une bonne partie du cacao ivoirien. La Banque mondiale, d’ordinaire plus encline à mener la lutte contre la corruption, botte, elle aussi, en touche sous prétexte qu’il s’agit d’un litige entre opérateurs privés. Alors que, même si ses statuts ne sont pas clairement définis (lire encadré page précédente), le FRC gère de l’argent public, en l’occurrence les redevances perçues sur le commerce des fèves. Selon nos informations, le département américain du Trésor tente tout de même de retracer les virements effectués sur le compte de tierces personnes aux Etats-Unis.
Un dossier qui pourrait ressortir le moment opportun. Mais pas aujourd’hui… le 4 mars 2007, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro ont signé l’accord de Ouagadougou pour relancer le processus de sortie de crise avec, à la clé, l’organisation de la présidentielle –au plus tôt au premier semestre 2008. Et au sein de la communauté internationale, on veille à ne pas anéantir un espoir réel de retour à une situation institutionnelle normale. Nouveau Premier ministre aux termes de cet accord, le chef de fils des Forces nouvelles (ex-rébellion) a néanmoins demandé en Conseil des ministres que toute la lumière soit apportée sur ce dossier. Tandis que le Président Gbagbo a demandé au procureur de la République d’Abidjan de se saisir du dossier des malversations présumées dans la filière café – cacao (quelque 400 milliards de FCFA de 2001 à 2006 selon un récent rapport de la Banque mondiale), non sans préciser qu’il ne veut pas « laisser la pagaille s’y installer ». L’Assemblée nationale va également se pencher sur la question, lors de sa session de novembre. Autant dire que l’affaire Fulton, à la veille du congrès du Rassemblement des républicains (RDR, opposition) à la mi-décembre, et d’une campagne électorale qui se profile à l’horizon, pourrait alors prendre une véritable tournure politique.

Un salaire annuel de 150 millions de Fcfa

Jean-Claude Amon (Conseiller de Gbagbo et Directeur de l’usine)

Paru dans Le patriote du 23 Octobre 2007

« C’est moi qui ai pris l’initiative de m’intéresser au projet », confie-t-il aujourd’hui. Quelques semaines auparavant, à Abidjan, un Ivoirien -dont il préfère taire le nom- lui a parlé de cette ancienne usine Nestlé en quête de repreneur. « A première vue, c’était intéressant pour la Côte d’Ivoire », raconte-t-il. Pour s’en assurer, à son retour au pays, il commande une étude de faisabilité à Hausmann-Alin Banet, le directeur de Lion Capital Management Group (LCMG), -rencontré au cours du même séjour aux Etats-Unis- après avoir obtenu l’avale du Fonds de régulation et de contrôle (FRC).
Le projet semblant convaincant, l’idée de créer la New York Chocolate and Confections Compagny (NYCCC) devient réalité et, en mars 2004, le conseil d’administration nomme Jean-Claude Amon directeur général par intérim. A priori, ce « technocrate » -comme il se définit lui-même -, ancien consultant pour la Banque africaine de développement (BAD), ne connaît pas le monde du cacao et n’a jamais dirigé une usine. « J’avais les compétences requises pour le lancement d’une société », se défend-il aujourd’hui. Reste que le conseil d’administration a régulièrement prolongé son mandat, et que Jean-Claude Amon a accepté.
Accusé, dans la presse ivoirienne, de s’être offert une retraite dorée aux Etats-Unis sur les deniers de son pays, Jean-Claude Amon se dit «très à l’aise sur le sujet ». Son salaire annuel brut de 300 000 dollars et sa voiture de fonction –une Mercedes E 320 « quatre roues motrices » achetée 58 000 dollars- sont prévues par contrat. Quant à sa maison de Syracuse (60 km de Fulton, dans l’Etat de New York), payée 429 000 dollars, où il vit avec son épouse et ses quatre enfants, il assure l’avoir financée lui-même, grâce à un emprunt de 327 000 dollars contracté en son nom. En contrepartie, il dit avoir reçu de NYCCC des indemnités mensuelles de 3 200 dollars.
«Je n’ai jamais adhéré à aucun parti, je n’ai jamais fait de politique », assure ce diplômé d’un master de l’université de Syracuse, avant de faire allégeance au chef de l’Etat en précisant qu’il a « toujours suivi le parcours de Laurent Gbagbo » et qu’il partage « ses idées et principes politiques sur la Côte d’ivoire ». Aujourd’hui, Jean-Claude Amon est aux Etats-Unis, où il est retourné pour des raisons familiales après six mois passés en Côte d’Ivoire. Son visa de travail ayant expiré, il dit ne plus diriger l’usine, et prévient : «Je ne fais pas une fixation sur la reconduction de mon contrat, je nourris de nombreux projets en Côte d’Ivoire ».
Marianne Meunier

lundi 22 octobre 2007

Gbagbo et le scandale du café-cacao

“Pourquoi seulement maintenant ?”

Une correspondance de Sansan Kouadio

lundi 22 octobre 2007 - Par 24 Heures

Les Ivoiriens ont suivi avec beaucoup d’attention l’interview que la RTI a bien voulu accorder au chef de l’Etat ce 17 octobre 2007.Toute la Côte d’Ivoire à cette occasion a été édifiée sur la capacité ou non du FPI à gérer la Côte d’Ivoire.Notamment en ce qui concerne la filière café-cacao.Un secteur honteusement pillé par une bande de refondateurs à l’appétit pantagruélique.Cherchons donc à comprendre pourquoi le Président Gbagbo a brusquement décidé d’ouvrir les yeux après sept années de politique de l’autruche sur ce qui apparait aujourd’hui comme le plus grand scandale en Côte d’Ivoire après 47 ans d’indépendance.La décision du chef de l’Etat d’ouvrir une enquête sur la gabegie qui a cours dans la filière, se heurte notamment à un certain nombre de constats qui permettent de douter de la réelle volonté du chef de l’Etat de sévir contre les bandits à col blanc qui ont jonglé avec les milliards générés par le principal produit d’exportation de la Côte d’Ivoire : pourquoi seulement maintenant ? Osera t-il frapper ses plus proches collaborateurs si l’enquête démontrait leur implication dans le scandale ? Peut-on faire confiance à la Justice ivoirienne dans un secteur où elle s’est plus d’une fois discréditée ? Pourquoi seulement maintenant ? Le Président Gbagbo a mis du temps à se décider à agir parce que d’abord, a-t-il affirmé devant toute la Nation, la gestion de la filière est une affaire privée.A l’en croire, la seule préoccupation de l’Etat de Côte d’Ivoire, c’est l’impôt prélevé sur le produit ; le droit unique de sortie (DUS) qui oscille entre 250 et 260 milliards de FCFA.L’impôt prélevé, le reste est une affaire privée ! Mais, bien entendu, la filière étant un secteur stratégique, il fallait se résoudre enfin à agir… Les Ivoiriens ont-ils gobé cette explication ? Il faut croire que non.Souvenons-nous de ce que, en octobre 2003 déjà, lors d’un séminaire qui avait pour thème « Diagnostique et perspectives de la filière café-cacao par les producteurs », à Yamoussoukro, les planteurs, inquiets de la mauvaise gestion des structures de la filière, ont tiré la sonnette d’alarme.A l’issue des travaux qui ont sanctionné le séminaire, les conclusions ont mis en lumière les dangers qui guettent ce secteur vital et ont tenté d’y apporter des solutions.L’Etat de Côte d’Ivoire représenté par le ministre de l’Agriculture Amadou Gon qui présidait le séminaire et le premier ministre Seydou Elimane Diarra qui en assurait le parrainage, ont reçu les résultats des travaux.L’Etat était donc présent.Comment peut-on parler de gestion privée quand parmi les structures de la filière, il existe l’Autorité de régulation du café-cacao (ARCC) qui est une société d’Etat ? Mieux, tout le monde sait que dans toutes les structures de la filière, siègent dans les conseils d’administrations des agents de l’Etat dont certains ont un droit de veto lors des réunions.Là encore l’Etat est présent.Le plus beau, c’est que depuis 2006, par le décret N° 2006 du 24 février 2006 le Président Gbagbo a lui-même en personne institué un comité chargé de l’examen et du suivi des projets et programmes de la filière café-cacao et fixant les modalités de décaissement des redevances « FDPCC-investissements » et « réserve de prudence ».En clair, face à la gabegie qui a cours dans la filière, le chef de l’Etat a décidé de retirer la gestion des fonds aux responsables de structures pour les confier à l’ARCC, société d’Etat, sous haute surveillance d’un comité interministériel.Il savait donc parfaitement ce qui se passait dans la filière.On ne peut alors expliquer son absence de réaction face aux indélicatesses par le souci de ne pas céder à la rumeur.D’ailleurs, le même 24 février par le décret N° 2005, il s’est permis de prolonger pour un an supplémentaire, le mandat des administrateurs du FDPCC.Le chef de l’Etat l’aurait-il fait si en réalité le FDPCC était exclusivement assujettie à une gestion privée ? La vérité, c’est que le Président aurait pu depuis longtemps agir s’il l’avait réellement voulu.Nous pensons que sa réaction ces jours-ci, n’est due qu’à l’ampleur du scandale sur le faramineux détournement orchestré par les responsables du FRC suivi d’une opération de blanchiment maquillé de façon maladroite par le prétendu achat d’une usine à Fulton aux Etats-Unis.La dimension internationale qu’a prise cette affaire, la saisine de la banque mondiale et du FMI par des victimes, la perspective de procès aux USA, ont contraint le chef de l’Etat à se secouer pour éviter d’être abondamment éclaboussé par cette affaire.Dans la foulée, il s’est cru obligé d’anticiper un certain nombre de mesures qui, immanquablement devraient être prises par la suite.Osera t-il frapper ses plus proches collaborateurs si l’enquête démontrait leur implication dans le scandale ? L’affaire devient intéressante quand on regarde la qualité de ceux qui sont cités en première ligne dans les différents scandales.Pour ce qui concerne l’usine de Fulton, les poissons sont énormes.La présidence du conseil d’administration du FRC, Angeline Kili est une privilégiée de la Cour présidentielle.Elle mène dit-on grand train de vie et a une relation particulière avec le président du FPI (parti du Président Laurent Gbagbo).La frapper serait de toute évidence, toucher Affi N’Guessan.Osera t-on frapper le FPI à la tête ? Le directeur général du FRC, Firmin Kouakou, est le directeur de campagne du candidat Laurent Gbagbo à Bouaflé.Bien entendu, par sa fonction, il est au cœur du scandale.De même Amon Jean-Claude, conseiller spécial du chef de l’Etat, est cité dans cette sale affaire.Le Président Gbagbo acceptera t-il une auto flagellation ? Ainsi, dans les autres structures de la filière, notamment au FDPCC, on avance d’énormes détournements de fonds et de scabreuses acquisitions d’entreprises qui méritent que l’on s’y penche.Qui sont les actionnaires des sociétés FOREXI, SIFCA-COOP, CORI, COCO SERVICES, MOTORAGRI, TABAGNE CHAMPAGNE, ROUGER-PHARMA, etc.rachetées à tour de bras par Amouzou ? Pourquoi de hauts cadres du FPI comme Zoungrana Placide, directeur de campagne du Président Gbagbo à Toumodi, sont cités comme figurant sur une liste de présumés complices de détourneurs de fonds ? Si Henri Amouzou est dans le viseur, on n’hésite pas à affirmer que cet homme a dû sa longévité et son impunité au fait de sa grande propension à sortir généreusement d’importants fonds pour de très hauts responsables dans l’entourage du Président.Quelques fois, parmi des intimes du chef de l’Etat.L’arrêter pourrait actionner une véritable bombe qui exploserait au cœur du pouvoir FPI qui se passerait bien, à cette période de campagne, d’une telle publicité.Peut-on faire confiance à la Justice ivoirienne dans un secteur où elle s’est plus d’une fois discréditée ? Nombreux sont les planteurs qui sont sceptiques quant aux résultats d’une enquête diligentée par le Procureur de la République.Depuis pratiquement trois ans, des procès en cascade sont intentés avec tous les arguments juridiques pour démettre Henri Amouzou.Face aux échecs successifs enregistrés, d’aucuns ont fini par conclure à une implication de l’appareil judiciaire dans le non aboutissement des poursuites contre le super-patron de la filière.Il se raconte que d’étourdissantes sommes d’argent circulent au Palais chaque fois qu’il s’agit de la filière café-cacao.L’appareil judiciaire se résoudra t-il enfin, avec ce feu vert du chef de l’Etat, à mettre en toute conscience, les pieds dans le plat ? Le procureur de la République fera t-il mentir tous ceux qui pensent qu’il n’aura pas le courage de frapper des hommes du pouvoir ou des amitiés personnelles que l’on lui soupçonne dans la filière café-cacao ? Le président Gbagbo est dans la quadrature du cercle.Ne pas aller au bout de la logique de la sanction des cadres malhonnêtes pourrait lui être très préjudiciable.Déjà, ses adversaires politiques se frottent les mains et affûtent leurs armes devant l’ampleur de ce scandale sans précédent.Or, agir sans aucune mesure, pourrait frapper son parti au plus haut niveau, au risque d’y provoquer une crise interne.Les adversaires internes d’Affi N’Guessan jubilent déjà.Et du côté des militants, on s’offusque de cette boulimie des cadres du FPI et de leur train de vie insolent, alors que des milliers de jeunes désargentés, sans emploi ou au chômage, qui ont servi de chair à canon au plus fort de la crise ne savent même plus à quel saint se vouer.

Scandales financiers dans la filière café-cacao - Le procureur demande la suspension des dirigeants

lundi 22 octobre 2007 - Par 24 Heure

Une semaine après la saisine du chef de l’Etat, la machine judiciaire est en marche. Les dirigeants du FDPCC, structure de gestion de la filière café-cacao, ont été entendus par la police économique.Les officiers de la police économique sont sur le coup.Instruite par le procureur de la République, la police interroge depuis quelques jours les gros bonnets de la filière café-cacao.Une semaine après la saisine du procureur par le chef de l’Etat, la machine judiciaire semble être en marche.Selon une source proche du dossier, tous les grands patrons de deux structures de gestion de la filière sont passés tour à tour pour être entendus sur les cas de détournements constatés.Ainsi, Angeline Kili, la présidente du conseil d’Administration du FRC, et Firmin Kouakou, le directeur de cette structure, ont-ils été aperçus dans les locaux de la police économique sis au Plateau le samedi dernier.Les auditions ont débuté le vendredi dernier par les dirigeants du FDPCC.Quant à ceux de la BCC, leur audition est prévue dans les jours à venir.Les dirigeants de la filière café-cacao déjà entendus ont été aussi interrogés par les officiers.Ces dépositions sont en fait le premier volet de l’enquête entamée par le procureur de la République, Raymond Tchimou.Pour avoir les coudées franches dans la conduite de son enquête, le procureur, selon certaines sources, a fait prendre par ordonnance du tribunal une mise sous administration provisoire » les organes impliqués dans la gestion de la filière.En clair, Raymond Tchimou avec la caution du palais, a suspendu tous les responsables de la filière.C’est une mesure conservatoire et obligatoire pour lui permettre d’éviter d’être contrarié dans sa démarche par ces derniers.« C’est pour éviter par exemple qu’il tombe sur des dirigeants qui ne soient coopératifs et qui pourraient par exemple dissimuler des preuves au procureur », nous a expliqué une source anonyme, proche du dossier.Il faut rappeler que face aux nombreux scandales financiers qui secouent la filière, le chef de l’Etat a saisi, il y a une semaine, le procureur de la République afin qu’il fasse toute la lumière sur l’acquisition de sociétés et les flux financiers qui y ont cours.Hervé Akaché

Lion Capital Management contre la Cote D'Ivoire et le FRC

Lire la plainte de Lion Capital Management contre la Cote D"Ivoire et FRC

vendredi 19 octobre 2007

Venance Konan (journaliste écrivain) : “Ecole assassinée, administration tuée, l`éthique et la morale qui désertent, sort des paysans, Gbagbo s`en fou


Le Nouveau Réveil - N°1749 - vendredi 19 octobre 2007

Laurent Gbagbo a parlé le mercredi soir. Et il a achevé de convaincre tous ceux qui avaient encore des doutes, sur son incompétence pour diriger un pays comme la Côte d'Ivoire, et surtout sur son mépris envers les Ivoiriens. Prenons quelques uns des points qu'il a abordés dans son intervention du mercredi. Prenons la filière du cacao qui est pillée par une bande d'êtres malfaisants. Que dit-il ? "Si la filière est mal gérée, ça ne regarde pas l'Etat et ce n'est pas l'argent de l'Etat qui est dilapidé. Nous, nous retirons, nous l'Etat, notre impôt. 250 milliards en 2005, 254 milliards en 2006. C'est ça qui est dans le trésor et c'est ça que nous dépensons. Le reste appartient à ceux qui gèrent… Aujourd'hui, avec la réforme que nous avons faites, nous prenons nos impôts et le reste regarde ceux qui gèrent la filière". En clair, "dès lors que j'ai ma part, le reste ne me concerne plus. Si on vous vole, c'est votre problème". Alors, une bande d'aigrefins qui ne sait pas comment pousse un pied de cacao peut voler des milliards aux paysans, en les laissant vivre dans la misère la plus noire, celui qui se dit notre chef nous dit qu'il s'en fout. Au moins il est franc. Lorsque cet homme était dans l'opposition, il s'est battu de toutes ses forces pour que la Caisse de stabilisation soit démantelée. Parce qu'il disait que c'était la caisse noire des barons du régime. Mais sait-il au moins que c'est avec l'argent accumulé par cette Caisse que toutes les routes qui partent de Gagnoa ont été bitumées, qu'il a pu bénéficier de bourses lorsqu'il allait à l'école, et qu'il bénéficiait du logement gratuit lorsqu'il enseignait ? Quel résultat a-t-on atteint avec sa réforme ? Une bande d'analphabètes aux grands chapeaux et d'anciennes secrétaires s'est accaparée les ressources des paysans qu'ils dilapident aux quatre coins du monde. Et le chef ( ?) de l'Etat dit qu'il n'est pas concerné. Or, c'est lui qui les a nommés, et c'est lui qui les maintient envers et contre la volonté des vrais paysans. N'est-ce pas en réalité parce qu'il les couvre ? Et pourquoi les couvrirait-il s'il n'avait pas lui-même des intérêts dans cette histoire ? Paysans et fils de paysans ivoiriens, vous savez maintenant à quoi vous en tenir. Votre sort n'intéresse pas du tout M. Gbagbo. Que dit Laurent Gbagbo des concours et examens devenus tous payants ? "Je suis au courant de tout ça. C'est une tradition de la Côte d'Ivoire. Alors moi, comme je n'ai pas passé de concours pour entrer à l'ENA ni à la police, je ne peux pas dire si c'est vrai ou faux. Mais je ne le nie pas. Si tout le monde en parle, il doit y avoir du vrai là-dedans… Et même ce sont les élèves eux-mêmes qui cherchent des gens à corrompre. Si du côté de ceux qui passent les examens, il y avait moins de demandes de parapluie, il y aurait peut-être moins de corruption. Mais je vous dis, quand il y a la guerre, tout se déglingue". Et voici comment le chef (?) de notre Etat a résolu un des problèmes les plus graves de notre société. "Ca existe peut-être mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse, moi ? Je ne passe pas d'examen". Peut-on autant mépriser son peuple ? Mais comprenez bien que ce n'est pas tant que M. Laurent Gbagbo pense que ce problème soit insoluble. Non ! Tout simplement, il ne voit pas pourquoi il chercherait à régler un problème qui ne le touche pas directement, ni un de ses proches. Et c'est ainsi qu'il a toujours traité tous les problèmes qui se posent aux Ivoiriens. Il dit "ce n'est pas normal !", et pour lui l'affaire est terminée comme ça. Parce qu'en réalité, il se moque totalement du sort des Ivoiriens. Du moment que lui et les siens vivent bien, tous les autres n'ont qu'à faire comme ils veulent. Ce n'est pas son problème. L'école assassinée ? Ses enfants ne vont pas à l'école ici. L'administration qui est tuée, il s'en fout. Le culte à la médiocrité qui est devenu la règle, il s'en moque. L'éthique et la morale qui ont déserté le pays, il s'en fout totalement. C'est comme le sort des paysans. Il n'est pas concerné. Et que nous dit-il à propos de son fonds de souveraineté ? "Le train de vie de l'Etat a diminué. D'abord, je n'engage plus de coût pour organiser des fêtes. Je suis sur ce point-là celui qui dépense le moins. Je suis de tous les chefs d'Etat de la Côte d'ivoire celui qui a le plus petit budget de souveraineté : cinq milliards". Donc tous les Ivoiriens ont eu des hallucinations lorsqu'ils ont lu les différents budgets de souveraineté votés par l'Assemblée depuis que M. Gbagbo est au pouvoir, qui avaient commencé à 27 milliards, puis sont montés à 37 milliards. Aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus d'Assemblée, le chef ( ?) de l'Etat fixe son budget de souveraineté à sa guise. Et nous avons eu des hallucinations lorsque nous avons lu le papier publié par Mamadou Koulibaly dans Fraternité Matin qui donnait les différents budgets de souveraineté de la présidence et de la primature. D'où vient le chiffre jamais démenti de plus de 60 milliards ? N'insistons pas dessus. Nous avons aussi eu des hallucinations lorsque nous croyions avoir vu beaucoup d'argent gaspillé à l'enterrement du père du chef ( ?) de l'Etat. Et les véhicules 4X4 que la présidence distribue à gauche et à droite sont également les fruits de notre imagination. Des membres de son cabinet ne se baladent pas en Porsche et Hummer. Et les millions qui disparaissent dans des hôtels de lux à Paris ? Et les maîtresses dans les voitures de luxe ? On a rêvé quand on a cru les avoir vus.
Nous avons aussi eu des hallucinations lorsque nous avons lu que notre pays produisait plus de 80 000 barils de pétrole par jour. Le chef ( ?) dit qu'on n'en produit que 50 000. Pareil lorsque nous avons lu dans les journaux les explications de la direction des impôts qui tentait laborieusement de nous faire comprendre qu'avec la réforme de l'impôt, seuls ceux qui gagnent plus de 600 000F paieront plus d'impôts. Laurent Gbagbo dit qu'il n'y a aucune augmentation des impôts. Donc, si nous constatons une augmentation d'impôt sur nos bulletins de salaire, nous sommes en droit de nous plaindre, chef ?
Notre chef ( ?) de l'Etat nous a aussi dit que toutes les enquêtes ont abouti depuis qu'il est président. Chouette ! Qu'il nous dise donc qui a tué Robert Guéï et sa famille, Téhé Emile, Benoît Dacoury-Tabley, Camara H, l'étudiant Habib Dodo, Badolo le jardinier de M. Allassane Ouattara. On va enfin savoir qui a massacré plus de 120 personnes les 25 et 26 mars 2004, qui a permis aux déchets toxiques de parvenir en Côte d'Ivoire et tuer une quinzaine de personnes. Monsieur le président, nous attendons que vous nous éclairiez. Concernant les travaux pharaoniques de Yamoussoukro, Laurent Gbagbo a dit qu'il construit pour cent ans. Je crois que mieux que tout autre exemple, ces travaux expriment tout le mépris que le chef ( ?) de l'Etat a pour les Ivoiriens. Les enfants s'entassent par quatre sur des tables bancs prévues pour deux dans les écoles, Laurent Gbagbo s'en moque. L'université est devenue pire que la gare d'Adjamé ? Ceux qui ne peuvent se faire soigner dans les cliniques privées meurent dans les hôpitaux publics parce qu'il y a aucun matériel ? Les routes de Côte d'Ivoire sont toutes dégradées ? Les rues d'Abidjan sont devenues impraticables ? La lagune se meurt ? On n'arrive pas à ramasser les ordures à Abidjan ? Laurent Gbagbo s'en moque complètement. Il construit pour cent ans ! Que construit-il ? Pas des écoles, que l'on peut aussi construire pour cent ans, pas des routes, pas des hôpitaux, non ! Il construit des palais. A côté de ceux qu'Houphouët-Boigny a laissés et qu'il a abandonnés à la ruine. Franchement, dites-nous, Monsieur Gbagbo, qu'est-ce que les Ivoiriens ont à faire du plus grand palais de l'Assemblée d'Afrique ? Sommes-nous le pays le plus peuplé d'Afrique ? Sommes nous le plus puissant ? Non ! Monsieur a vu qu'il y a de l'argent dans les caisses. Et il faut qu'il le dépense. Et comme le sort des Ivoiriens est le cadet de ses soucis, il préfère, en bon roi nègre, construire les choses les plus inutiles et les plus chères. Et pour mieux nous montrer à quel point il se fiche de ce que nous pouvons devenir ou ce que nous pouvons penser, il ajoute un sénat. Dano Djédjé a récemment dit dans une interview dans Fraternité Matin qu'il avait été prévu de construire un conseil économique et social, mais que Laurent Gbagbo avait exigé que l'on construise un sénat, la seconde chambre de notre parlement. Or la constitution est claire et sans ambiguïté. Le parlement ivoirien est constitué d'une seule chambre appelée assemblée nationale. D'où sort cette histoire de sénat ? De la volonté d'un homme de gaspiller l'argent des Ivoiriens en les narguant. S'il construit des écoles ou des hôpitaux, les Ivoiriens les utiliseront. Or un sénat non prévu par la constitution ne sert absolument à rien. La meilleure façon de gaspiller de l'argent n'est-elle pas d'acheter ou de construire des choses qui ne servent strictement à rien ? Gbagbo savait que personne ne parlerait. Depuis quand les ivoiriens ont parlé quand on les prend pour des imbéciles ? Effectivement, avez-vous entendu un seul ivoirien, un seul élu, un seul de nos leaders politiques de l'opposition parler de cela ? Pour pasticher un chanteur de zouglou, "qu'avons-nous fait au bon Dieu pour mériter un tel sort ?" Qu'avons-nous fait à Gbagbo pour qu'il nous fasse souffrir de cette façon ? Parce que la réalité est qu'il a la possibilité d'alléger la souffrance des Ivoiriens. En ne construisant pas ces palais ridicules par exemple. Mais sans doute par sadisme, il préfère les laisser souffrir en jetant leur argent par la fenêtre. C'est bien fait pour nous. Ca nous apprendra à être aussi amorphes et aussi couards.
Laurent Gbagbo dit que l'élection qui l'a amené au pouvoir est la meilleure que l'on n'ait jamais organisée dans ce pays. Bien sûr, puisque ça l'a porté au pouvoir. Toutes les personnes qui sont mortes à l'occasion de cette élection n'ont eu que ce qu'elles méritaient. Je crois qu'après avoir écouté Laurent Gbagbo le mercredi soir, tous les ivoiriens ont enfin compris que le bagage qu'ils lui ont donné est trop lourd pour lui. Ce qui reste à faire est de l'en décharger.
Venance Konan
email : venancekonan@yahoo.fr

L`Etat et paysans, tous deux responsables de la mauvaise gestion


Le Nouveau Réveil - N°1749 - vendredi 19 octobre 2007


D
ans son adresse à la nation, mercredi dernier, le chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, s'est joué du peuple ivoirien. En tenant, sur la gestion scandaleuse de la filière café-cacao, des propos dénués de toute réalité. En effet, face à l'échec de la reforme dudit secteur, il n'a trouvé à dire voire à redire que d'attribuer la responsabilité aux pauvres paysans. Qui, après avoir accepté par ignorance ou snobisme, de se faire miroiter un pouvoir qui ne leur a jamais été octroyé ou redonné (c'est le terme approprié), sont aujourd'hui contraints de payer le lourd tribut de leur moindre vigilance. Depuis la fin de la campagne présidentielle de 2000. A dire vrai, le pouvoir n'a jamais lâché la filière café-cacao. Qu'il continue de chercher à contrôler. Ce secteur pourvoyeur de fonds est dirigé au quotidien par des organes tels que le Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café-cacao (FDPCC), le Fonds de régulation et de contrôle du café et du cacao (FRC), la Bourse de café-cacao (BCC), l'Autorité de régulation café-cacao (ARCC)… La dernière structure est étatique. A ce niveau donc, tous trouvent normal que l'Etat y ait une mainmise totale. Puisqu'elle fait partie des organes étatiques. Concernant le FDPCC, la BCC le FRC, la mauvaise informtion a toujours circulé à leur sujet. On n'a cessé de faire croire que ces organes sont privés et que par conséquent ce sont les producteurs de café-caco qui ont eu la gestion du quotidien. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que le FDPCC, la BCC, le FRC ont dans leurs conseils d'administration respectifs des représentants de l'Etat ivoirien. D'autant que la filière fonctionne sous une double tutelle ; le ministère de l'Economie et des Finances (tutelle financière). En sus, aucun fonds ne peut être décaissé pour une opération d'achat sans la signature des deux (2) ministères, membres (à part entière du gouvernement de Côte d'Ivoire). Qui rendent compte au premier ministre qui, à son tour, tient le chef de l'Etat informé du fonctionnement de la reforme de la filière. Laurent Gbagbo ne saurait cacher la vérité aux Ivoiriens en jetant l'opprobre sur le monde paysan. Qui, en toute sincérité, n'a jamais eu à gérer tout seul et en toute autonomie le secteur dont les ressources ont servi à financer à hauteur de plus de 250 milliards la guerre contre la rébellion d'alors. Ainsi, le pouvoir Gbagbo et les paysans aujourd'hui désillusionnés sont comptables de la mauvaise gestion de la filière. Puisque pendant qu'un groupuscule de planteurs, bras séculier du régime, s'embourgeoise " sauvagement ", la majorité productrice de la première richesse du pays croupit dans la misère. Une des preuves que l'Etat est impliqué dans la gestion de la filière, ce sont la création et les fonctions attribuées au comité de pilotage. En effet, cette structure n'avait de compte à rendre qu'au chef de l'Etat, Laurent Gbagbo. C'est d'ailleurs après ce comité qu'est né un autre chargé du suivi et de validation des projets et programmes de la filière café-cacao que préside le secrétaire exécutif de l'ARCC, structure hautement étatique. Alors, peut-on après toutes ces informations, raconter aux Ivoiriens que la mauvaise gestion de la filière est seulement imputable aux paysans ? Bien sûr que non quand on n'ignore pas que les assemblées générales électives des structures susmentionnées ne peuvent se tenir qu'avec l'accord des ministères de tutelle. Par ailleurs, tous ces procès contre le FDPCC n'ont lieu que parce que le chef de l'Etat refuserait de signer un décret qui proroge le mandat officiellement, des membres du conseil de gestion. Et puis, tous les dirigeants des organes cités plus haut ne se plaisent-ils pas à déclarer qu'ils sont à leur poste grâce à un décret de Gbagbo ? Vraiment, trop de contrevérités qui déshonorent la Côte d'Ivoire.
C. Kwagne